Les Origines de la Saga des esclaves au Château du Marquis d'Evans(122)

Année 1784 : le pamphlétaire mis au pas

Confortablement installé dans Son fauteuil, le Marquis d'Evans contemple l'homme qui
se tient à genoux devant Lui. Il aura finalement été facile de percer à jour la
personnalité de ce Philippe Marcadet... Mais Le Marquis n'est pas dupe, Il sait que
rien n'est gagné encore et que Sa proie pourrait encore rechigner... Pourtant il est
bien là, à genoux, les yeux baissés, ne sachant manifestement pas quoi penser de la
tournure des évènements. Il attend, silencieux, n'osant relever son regard... La voix
Du Marquis s'élève, lentement, sévèrement...

- "Sachez Monsieur Marcadet, que vous avez mécontenté des gens très haut placés..."
- "Eh bien c'est..." tente de rétorquer le gazetier immédiatement interrompu
- "Silence ! Vous pourrez vous exprimer, lorsqu'il me plaira de vous en prier, jusque
là silence ! Compris ?"
- "Oui Monsieur Le Marquis", bredouille son interlocuteur
- "Sachez donc qu'en importunant de puissants personnages, vous prenez de grands
risques Monsieur Marcadet. Si je vous ai attiré ici, c'est aussi pour vous soustraire
aux dangers qui vous guettaient. Car je ne suis pas loin de partager un certain nombre
de vos idées, même si je désapprouve votre façon de les exprimer, ce que, d'ailleurs
j'ai l'intention de corriger. Or donc, vous voici dans cette inconfortable position
qui, si je ne m'abuse, sied au fond à votre nature la plus profonde... (un silence)...
parlez maintenant, j'y consens …"

Marcadet déglutit, il tente de rassembler ses idées, tellement troublé par cette
situation qu'il n'aurait su, ni pu, imaginer quelques heures auparavant. Restant les
genoux à terre, il redresse cependant le buste et regarde Le Marquis... tente
d'affirmer le ton de sa voix... hésite... puis...

- "Monsieur Le Marquis. Je ne sache pas ce que vous définissez comme ma nature la plus
profonde soit, de quelque manière de votre ressort. Quant à ma façon de m'exprimer,
seul le propriétaire de la Gazette de Leyde peut m'en faire remarque. Pour le reste,
je m'étonne qu'un esprit éclairé tel que vous mette en question la liberté
d'expression..."

Le Marquis se dresse hors de son siège, et franchit les deux pas qui le séparent de
Marcadet... Ainsi, debout au-dessus de l'homme agenouillé, Le Marquis d'Evans exprime
toute Sa Prestance, il sent que l'autre est une nouvelle fois intimidé et affirme
ainsi Son Statut Supérieur. A Ses Pieds, Marcadet semble se ratatiner sensiblement. Le
courage qu'il a réussi à rassembler pour s'exprimer semble maintenant envolé, que Le
Marquis est tellement plus proche et le toise de tout Son Haut.

- "Eh bien ? Autre chose à dire, Monsieur Marcadet ?"
- "Je..." Marcadet hésite...
- "Votre nature, Monsieur Marcadet, elle m'a été révélée par vos écrits. Point ceux,
honorables, de la Gazette, mais ceux que vous n'osez signer. Ceux qui circulent sous
le manteau, ceux par lesquels vous exprimez réellement ce qui vous préoccupe, vous
obsède, vous habite... Car vos postures d'homme éclairé, d'homme libre, ne trompent
que vous, Monsieur Marcadet ! Derrière vos écrits, il n'y a pas la philosophie que je
respecte, il y a une plume venimeuse de frustration... Vous enviez ceux qui peuvent
laisser libre cours à leurs envies, qui savent. C'est cela que vous condamnez sans
discernement et cela n'est point digne des Lumières et des Penseurs de l'Encyclopédie
dont vous vous réclamez de façon passablement malhonnête ! Vous êtes un imposteur
Monsieur Marcadet et vous le savez"
- "Non !!" rugit Marcadet qui se redresse et fait face Au Marquis qui, celui-ci lui
assène une gifle retentissante... Un instant le temps semble suspendu entre les deux
hommes, Le Seigneur et le gazetier... Ce dernier porte la main à sa joue soudain
brûlante... Il fixe un bref instant Le Marquis mais baisse prestement les yeux. Le
Marquis saisit son menton et le force à relever la tête et il plante Ses yeux dans les
siens...
- "Alors, Monsieur Marcadet ? Monsieur l'esprit éclairé ? Vous êtes libre ! (dit Le
Marquis, lâchant le menton du pamphlétaire)... Libre de quitter ce Château et de
retourner à Paris. Libre de reprendre vos petits écrits... C'est cela que vous voulez
?"

Marcadet hésite... il ne sait quelle contenance adopter, maladroit dans ses gestes,
bredouillant dans ses paroles...

- "Je... Bien sur, bien sur je vais partir ! C'est cet absolutisme que je combats !"

Le Marquis éclate de rire... sous le regard ébahi de Marcadet :
- "Vous combattez ! ? Laissez moi rire ! Certes vous n'écrivez pas que des bêtises,
mais c'est votre sens qui est faux ! Vous dîtes tout le contraire dans vos petits
opuscules, dans lesquels vos personnages sont soumis aux pires avilissements...
l'asservissement vous fascine, avouez le ! Cela transpire de chacune de vos phrases.
Et je sais que c'est là que vous exprimez réellement ce qui est au plus profond de
vous... Le nierez vous ?"

Marcadet baisse la tête, mais Le Marquis le ressaisit et le force à Le regarder droit
dans les yeux :
- "Le nierez vous ?, soyez honnête avec vous-même"
- "Je... non, je... je ne puis..." ... Le Marquis sourit
- "Bien (il tapote la joue de Marcadet) ... Bien... Voulez-vous quitter le Château et
retourner à votre petite vie de mensonge Marcadet ? Ou oserez-vous franchir le pas ?
Et vous engager à vivre, à vivre vraiment ce que vous êtes ? … Vos n'aurez pas une
deuxième chance Marcadet... Partez ou restez... Mais je veux une réponse, Maintenant
!"

Le Marquis pose ses deux mains sur les épaules de Marcadet, il serre les doigts qui
font comme les serres d'un rapace qui saisit Sa proie... Un Aigle Royal qui capture un
lapin apeuré. C'est bien ainsi que l'on pourrait définir Marcadet qui n'a plus aucune
contenance, les jambes flageolantes, les lèvres tremblantes, il sue à grosses gouttes,
conscient qu'il s'apprête à franchir un pas vital et qu'il ne pourra plus revenir en
arrière...

- "Je voudrai rester, Monsieur Le Marquis... s'il Vous plait"

Tandis que Marcadet prononce cette requête, Le Marquis appuie lentement sur ses
épaules, pour le forcer à en revenir à la position agenouillée. Aucune résistance,
aucun mouvement pour se dégager. Marcadet plie les genoux et les pose au sol
docilement. Le Marquis avance alors son pied droit, chaussé de bottes cavalières au
cuir épais...

- "Mes bottes sont crottées, léchez !" ordonne-t-il.

Marcadet hésite, surpris par cet ordre soudain... Le Marquis s'empare d'une lanière de
cuir qui traîne à portée de main sur son bureau, Il en cingle par deux fois les
épaules de l'homme à Ses Pieds. Pas de quoi le marquer, ni même susciter la moindre
douleur, mais le geste est sans équivoque et promet de plus dures perspectives, et
cela Marcadet le comprend :

- "Léchez !"

Docilement, le gazetier dompté se prosterne Aux Pieds Du Marquis d'Evans et vient
lécher de sa langue le cuir crotté des bottes. Le goût âcre de la terre séchée envahit
la bouche de Marcadet. Bien que l'essentiel de la terre se détache et tombe sur le
parquet de la bibliothèque, Marcadet en lèche suffisamment pour sentir la boue se
reformer dans sa bouche lorsque la salive dilue la terre. Une terre qui a le goût amer
de la plus absolue des défaites et de l'humiliation. Mais Marcadet lèche le cuir
jusqu'à ce que Le Marquis retire son pied et vienne le poser sur la nuque de celui qui
demeure prosterné à Ses Pieds.

- "Bien... Cela suffit" dit-il "Il est temps que vous en appreniez un peu plus sur
votre vraie nature et destinée et sur ce que désormais sera votre existence. Il est
temps d'en parler... Et tout d'abord, il est nécessaire que les choses soient claires
: En restant, vous abdiquez toute forme d'indépendance, car vous m'appartiendrez corps
et âme. Vous serez, disons le mot, mon esclave dépendant de Mon Pouvoir et de Ma
Volonté en toutes choses. Est-ce bien compris ?"

Malgré son visage écrasé sur le parquet, Marcadet parvient à prononcer quelques mots
d'assentiment :
- "Oui... je … je serai Votre esclave, dépendant de Vous en toutes choses, je m'y
engage et Vous jure obéissance"...
- "Voilà qui est bien !" se satisfait Le Marquis. Il retire son pied. - "Relève toi,
esclave !"

Marcadet obtempère docilement, visiblement mal à l'aise dans son nouveau statut,
ignorant de ce qu'il doit adopter comme attitude à l'égard de celui qui ce matin était
une référence intellectuelle et désormais est le Maître absolu de son misérable
destin.

- "Pour commencer, nous allons t'alléger des ces inutiles oripeaux. D'ailleurs tu pues
! (lance Le Marquis) déshabilles toi et promptement" ordonne-t-il...

Et Marcadet, honteux mais dompté, obéit. Il se défait un à un de ses effets qu'il
laisse choir sur le sol à ses pieds. Jusqu'à se tenir nu, intégralement nu... Le
Marquis désigne alors les bagues que portent les doigts du gazetier. Sans qu'il soit
nécessaire Au Seigneur de prononcer un seul mot, Marcadet enlève les bagues de ses
doigts et les lance sur le amas de vêtements... Totalement dépouillé, il place alors
ses mains comme un petit rempart devant son sexe et ses parties intimes. Une gifle
claque immédiatement ! Et une deuxième...

- "Tes mains, TOUJOURS jointes derrière le dos lorsque tu te tiens devant moi ! (une
autre gifle) Compris ?"

Tremblant, Marcadet met ses mains derrière son dos, offrant à la vue son intimité...
Le Marquis narquois constate :
- "Mais tu bandes ! Et dire que tu niais ta vraie nature !!! (Il éclate de rire) Vois
comme la situation t'excite ! (Il tend la main et saisit le sexe tendu de Marcadet, et
serre...) Chien ! Eh bien, puisque tu es un chien, c'est à quatre pattes que tu vas
évoluer désormais... Allons, à quatre pattes !"

Marcadet s'exécute et se place à quatre pattes devant Le Marquis qui le domine et le
toise... d'un léger coup de pied, Il contraint l'esclave à se mettre en mouvement et
c'est ainsi, poussé du pied, que le gazetier mis au pas, dompté, soumis, sort de la
bibliothèque... nu et à quatre pattes, il progresse lentement sur les carreaux froids
et durs, guidé par les petits coups de pied Du Marquis qui le dirige tout au long du
vaste couloir d'entrée Du Château. Marcadet avance docilement, il ne remarque même pas
les domestiques qui vont et viennent le long de cet interminable couloir qui est l'axe
principal, le coeur de La Noble Demeure. Mais soudain, il faut bifurquer et Marcadet
emprunte un couloir secondaire, moins imposant que celui qu'il vient de quitter et le
Marquis le mène jusqu'à un étroit escalier, assez abrupt, de pierre qui descend en
colimaçon. Avec difficulté et appréhension, Marcadet descend lentement l'étroit
escalier qui mène jusqu'à un petit vestibule carré, aux murs nus, à l'exception du mur
nord dont une petite porte ferrée occupe le centre. Le Marquis d'Evans sort d'une
poche de Sa veste une lourde clef de fer, il l'enfonce dans la serrure et tourne avant
que d'appuyer l'épaule contre la porte qui, dans un grincement, s'ouvre sous la
poussée. Puis Le Marquis pousse du pied sur les fesses de Marcadet vers l’entrée dans
une étroite pièce sombre et vide. Juste un lourd anneau d'acier scellé au mur et une
chaîne amassée sur le sol de terre battue. Le Marquis se saisit de la chaîne et en
cherche le bout, qui est garni d'une menotte d'acier épais qu'il referme sur une
cheville de son esclave :

- "Tu vas rester un moment. Le temps pour toi de méditer et de comprendre ce que
signifie vraiment ce que tu viens de vivre. Philippe Marcadet n'est plus, du moins il
n'est qu'un... avatar, mais ta vraie nature c'est ici que tu l'exprimeras désormais.
D'ailleurs tu seras désormais"philippe le gueux"... ou le plus souvent "le gueux"
suffira ! Compris ?"
- "Oui Monsieur Le Marquis" dit humblement le gueux, agenouillé et enchaîné.
- "Non ! (lance Le Marquis) Tu ne t'adresseras plus à moi qu'en disant "Maître" ou
"mon Seigneur" car tu n'es plus de ceux qui sont autorisés à s'adresser à moi
communément. Tu es mon esclave et j'entends que tu apprennes très vite à te comporter
et à penser comme tel ! Sinon il t'en cuira ! Est-ce assez clair ?"
- "Oui Maître, c'est très clair mon Seigneur et Maître" dit d'une voix implorante
celui qui n'est plus que le gueux, tandis que son Maître se retire et referme à double
tour la lourde porte, laissant l'ancien gazetier dans la plus totale obscurité, dans
l’humidité du cachot la plus désagréable et dans la nudité la plus complète......

(à suivre…)

Le Château de la D/S du Marquis d'Evans

Auteur:Marquis d'Evans