Les deux Sylvie 11

La cache aux secrets

En début d’après-midi, le même jour, Sylvie Duguay, l’autre Sylvie sur les talons, franchit pour la seconde fois le seuil du sex-shop où travaillait Caroline. Éberluée, pas du tout habituée à toute cette panoplie d’accessoires hétéroclites, Sylvie Morel regardait autour d’elle, estomaquée. Bien qu’elle n’eut pas la moindre chance de rencontrer quelqu’un qu’elle connaissait, n’ayant aucune parenté dans cette grande ville, elle se sentait très mal à l’aise. Sa sensation se mua en appréhension quand elle reconnut la vendeuse qui s’approchait d’elle. L’attention de Caroline se porta tout de suite sur elle; elle la détaillait de la tête aux pieds, la déshabillant du regard froidement. Apparemment satisfaite, elle dirigea son regard vers Sylvie Duguay en disant :
- Je vois que tu nous amènes de la compagnie, cette fois!
- Oui, je crois qu’elle te plaira!
Ce disant, Sylvie Duguay lui présenta la cassette-vidéo qu’elle venait de tirer de son manteau.
- Qu’est-ce que c’est? interrogea Caroline.
- Deux petites séances avec elle, je suis persuadée que tu les trouveras exquises!
Caroline fronça les sourcils, lorgnant successivement les deux femmes, puis la cassette que brandissait toujours la rouquine.
- Allons voir ça! décida-t-elle.
Elle entraîna les deux femmes dans le cubicule qu’avait déjà visité Sylvie Duguay lors de sa précédante mission. Cette dernière y retrouva le même écran, le même magnétoscope et la même chaise droite accompagnée de la poubelle d’où émanait une odeur âcre, désagréable.
Désignant la chaise, Sylvie Duguay dit à l’adresse de son homonyme :
- Assieds-toi là!
Peu désireuse d’encourir le courroux de sa compagne, Sylvie Morel prit place, jetant un bref coup d’œil au panier à rebuts qui eut tôt fait de la renseigner sur son contenu : papiers tissus chiffonnés et humides, témoins du passage d’hommes en mal de soulagement. Avec un léger haut-le-cœur, elle se tourna vers les deux femmes, dans l’expectative.
- Obéissante, apprécia Caroline en s’approchant du magnétoscope pour y enfourner la cassette.
- Je me suis fait la main sur elle, expliqua la rouquine.
- Voyez-vous ça!
Passablement émoustillée par cette dernière révélation, Caroline poussa le bouton de mise en marche et se recula pour apprécier le spectacle.
Successivement, les trois femmes assistèrent à la première séance dans mon sous-sol, puis à celle toute récente dans l’appartement de Monique. De ce voir ainsi, les yeux bandés, fit une étrange impression sur Sylvie Morel. Elle ne put détacher ses regards de l’écran tant que le carré noir marquant la fin de l’enregistrement n’eut remplacé le défilement incessant des images scabreuses. Constatant qu’elle avait joui juste avant de perdre conscience sous les caresses de la blonde, elle commençait à se demander ce qui était en train de lui arriver : était-elle une lesbienne latente ou à tout le moins bisexuelle? Sa vie aux côtés d’un homme violent était-elle le prélude à une mutation de ses désirs vers une nouvelle forme de sensualité? Elle s’interrogeait sans pouvoir trouver de réponse valable. Malgré ses sentiments à mon endroit, je ne l’avais pas touché depuis qu’elle était arrivé sous mon toit; ses seuls contacts avaient été avec des femmes et elle se doutait bien que la journée n’était pas encore terminée sur ce plan.
Sylvie Morel arracha finalement ses regards à l’écran de télévision et les tourna vers les deux femmes. Elle les découvrit enlacées, insouciantes de sa présence, occupées à s’embrasser à bouches que veux-tu. À l’évidence, Caroline prenait l’initiative et Sylvie Duguay subissait l’assaut, mais sans en prendre ombrage, même devant celle qu’elle-même dominait. Satisfaite du baiser, Caroline la repoussa à bout de bras et reporta son attention sur la brunette.
- Voyons maintenant de quoi tu as l’air! dit-elle.
Comprenant à demi-mot, Sylvie Morel resta de glace.
- Tu n’as pas compris, salope? s’éleva la rouquine, désireuse d’affirmer son ascendant devant celle qui l’avait dressée en ma présence. Déshabilles-toi!
Sachant trop bien qu’elle n’avait aucune compassion à attendre d’aucune d’elle, Sylvie Morel se leva et décida d’en finir au plus vite. Elle s’agenouilla, souhaitant intérieurement hâter le dénouement, puis elle débuta son strip-tease, copiant les gestes qu’elle avait vu exécuter lors du premier visionnement. Quand elle eut retiré sa blouse, elle s’étendit par terre et rampa jusqu’aux pieds de Sylvie Duguay, lui baisant les chaussures. Cette dernière la fit se redresser et la gifla, renouvelant son ordre :
- Déshabilles-toi!
Sylvie Morel se déhancha de la manière la plus suggestive, puis elle eut une idée qu’elle décida de mettre à profit : elle rampa cette fois vers Caroline dont elle vénéra les chaussures à son tour.
- Excellent! apprécia celle-ci.
À son tour, elle lui releva la tête pour lui assener un gifle qui claqua tout en commandant :
- Déshabilles-toi!
Allant de l’une à l’autre, Sylvie Morel poursuivit son supplice jusqu’à ce qu’elle fut nue, chaque dominatrice augmentant la dose chaque fois. Le visage de la brunette était cramoisie à l’échéance et elle haletait à en perdre haleine.
Caroline avait apprécié le spectacle, évidemment. Mais elle n’était pas satisfaite pour autant, toujours en quête de nouvelles humiliations. Elle obligea Sylvie Morel à se mettre à quatre pattes, puis elle lui dit :
- Maintenant, ma belle petite salope, je vais te faire visiter notre établissement!
- Oh! non, pitié, fit la jeune femme. Pas devant les clients!
- Ne t’en fais pas, à cette heure-ci, il n’y a plus que quelques-uns de mes réguliers!
Sans attendre, Caroline ouvrit la porte du cubicule insonorisé, inondant la petite pièce de la lumière froide des fluorescents du commerce. Elle revint vers la forme dénudée et la poussa du bout de sa chaussure, en la houspillant :
- Allez! Dehors, ma belle!
Avec mauvaise volonté, Sylvie Morel commença à avancer à quatre pattes, très lentement comme pour marquer son désaccord, quittant la petite salle de projection pour pénétrer dans l’échoppe. Ses cheveux longs lui cachaient le visage, mais elle pouvait se diriger sans trop de peine, sans risquer de se frapper contre les comptoirs. Elle était trop heureuse de pouvoir reluquer le plancher dans cette position ce qui mettait son visage à l’abris des yeux inquisiteurs des quelques clients qui s’attardaient encore et que Caroline n’avait pas manqué d’appeler à la curée :
- Approchez, mes amis! La maison vous fait don d’une petite surprise, aujourd’hui!
Un brouhaha se fit entendre annonçant l’approche des quidams.
- Aye! s’exclama le premier. Elle est à poil!
- Ouais, reprit un second lascar. Flambant nue!
- Ça alors, s’écria un troisième. Je crois bien que je vais revenir magasiner ici!
- C’est bien la première fois que j’assiste à ça! déclara le premier en gloussant.
Humiliée comme jamais, Sylvie Morel continuait sa progression à quatre pattes, n’osant pas loucher les jambes résolument masculines qui l’entouraient. Mais soudain, elle dut s’arrêter car un des hommes lui barrait le passage. Venant d’au-dessus, la première voix masculine reprit :
- C’est pas croyable! Une vraie cochonne!
En arrêt, la brunette perçut le bruit caractéristique d’une fermeture-éclair que l’on abaisse, suivit d’un farfouillage indistinct, puis d’un halètement saccadé, mais très rapide et qui culmina au bout de seulement quelques minutes. Un croassement se fit entendre, puis Sylvie sentit un liquide visqueux se répandre dans sa chevelure.
- À mon tour! s’écrièrent en même temps les deux autres types qui défirent leur braguette en deux temps, trois mouvements et explosèrent au bout d’à peine quelques instants, inondant l’un la croupe, l’autre le dos et le cou de Sylvie Morel qui n’osait pas se plaindre du traitement.
Sans demander leur reste, les trois hommes s’éloignèrent, déjà satisfaits, pour reprendre leur quête d’accessoires érotiques ou de films XXX. Cet incident terminé, Caroline poussa de nouveau le fessier de la jeune femme, lui intimant ainsi l’ordre de poursuivre sa promenade. Heureusement, celle-ci se termina sans que ne survienne de nouvelle rencontre inopinée. La vendeuse poussa une porte et fit pénétrer Sylvie Morel dans un nouveau local, suivie de peu par Sylvie Duguay qui avait assisté en silence à la prestation de son infortunée compagne.
La porte refermée et une ampoule glauque allumée par ses soins, Caroline s’adressa à Sylvie Duguay, en lui tendant une serviette de papier :
- Tiens, nettoies-la, j’ai horreur de ça!
Sylvie Duguay s’approcha de son homonyme et elle entreprit de lui faire une toilette sommaire, essuyant les traces de sperme qui perlaient sur la peau de la brunette. Si la tâche fut aisée pour le dos, le cou et les fesses, il n’en fut pas de même pour la chevelure et elle dut s’y prendre à deux mains, lui tirant même les cheveux pour en venir à bout.
- Bon, je crois que ça ira comme ça, concéda la vendeuse.
Sylvie Morel se décida à relever un peu la tête. Elle vit qu’elles se trouvaient dans une sorte d’entrepôt encombré de caisses et de boîtes, plusieurs d’entre elles ouvertes et en partie vidées de leur contenu. Sans plus s’intéresser à elle, Caroline s’adressait surtout à la rouquine :
- Pour te remercier de ton petit cadeau, je vais t’en faire un à mon tour.
À la surprise de la brunette, mais non de Sylvie Duguay qui y avait déjà assisté, Caroline fit basculer un panneau mural, découvrant une cache remplie de cassettes-vidéo. Elle fourragea un moment, déplaçant quelques emballages, puis elle en tira une portant un simple numéro, le 8, sans aucune autre inscription, ni image. Elle la tendit à Sylvie Duguay en demandant :
- Tu es toujours avec Michel ?
- Oui! répliqua-t-elle.
- Quel gaspillage! Tu ferais bien mieux de venir habiter chez moi!
Sylvie Duguay préféra ne pas relever l’allusion à peine voilée et elle se contenta de retourner la cassette no 8 entre ses doigts.
- Montres-la lui aussi, reprit Caroline. J’imagine que ça lui plaira! C’est un peu spécial et très rare aussi!
- Qu’est-ce que c’est? demanda Sylvie Duguay.
- Tu le verras au visionnement! fit Caroline, un sourire énigmatique aux lèvres.

Auteur:anchor987