Les deux Sylvie 9

Le visionnement

La première rencontre entre les deux Sylvie se passa raisonnablement bien, compte tenu que la rousse ne s'attendait en rien à ce que je lui ramène une compagne de jeu éventuel. Elle salua aimablement la nouvelle arrivante, mais elle ne démontra pas d'enthousiasme débordant en apprenant qu'elle allait passer quelques jours avec nous. Il est vrai que j'avais dû lui manquer un tant soit peu et qu'elle aurait souhaité profiter de moments d'intimité privilégiés. Sylvie Morel s'efforça de ne pas montrer trop de curiosité à son endroit bien qu'elle mourrait d'envie d'apprendre à quels services la première devait son hébergement gratuit.
Nous avons installé notre invitée au sous-sol où le divan pouvait se transformer en lit d'appoint, puis nous l'avons laissée se reposer pendant que nous préparions un léger repas. J'ai bien vu que Sylvie Duguay me faisait la tête comme une gamine, mais je n'ai pas relevé, me contentant de lui expliquer les circonstances qui avaient amenées l'autre femme à m'accompagner dans la métropole.
- Demain, ai-je complété, elle essaiera de se dénicher un emploi de serveuse dans un bon restaurant. Essaie de bien t'entendre avec elle d'ici son départ!
Sylvie Duguay me promit de faire un effort, mais je n'eus aucune peine à comprendre ce qui lui en coûtait.

 

*

Le lendemain matin, j'avais beaucoup de choses à faire pour mon travail et j'ai quitté la maison très tôt, ramenant Sylvie Morel au centre-ville pour qu'elle aille s'inscrire au Centre de Main-d'oeuvre et qu'elle entreprenne sa quête d'emploi. Je lui ai remis une pleine liasse de tickets de transport en commun pour qu'elle puisse se déplacer seule dans la métropole d'un lieu d'entrevue à l'autre.
Elle se garda de m'interroger directement sur les liens qui m'unissaient à la jolie rousse dont elle venait de faire connaissance et je fis celui qui ne comprenait rien, me bidonnant intérieurement de ses efforts malhabiles pour me soutirer les vers du nez.
L'ayant déposé devant le Centre de Main-d'oeuvre que je connaissais, je me suis hâté vers mon travail.
Sylvie Morel décocha deux entrevues qu'elle expédia avant le déjeûner, puis elle décida de rentrer à la maison où elle retrouva l'autre Sylvie qui finissait de faire le ménage de la maison. Elle lui proposa son aide pour l'amadouer, mais celle-ci refusa son offre sous prétexte qu'elle avait presque terminé.
- Vous devez trouver le temps long, toute la journée, seule ainsi, dit Sylvie Morel pour plaindre celle qui faisait office de ménagère.
- Oh! vous savez, cela me procure certains avantages puisque je n'ai pas à sortir dehors, surtout l'hiver.
- Il y a longtemps que vous vivez ici?
- Quelques mois, quatre environ...
Sylvie Morel jugea l'instant propice pour aplanir le terrain entre elles.
- Si vous preniez une petite pause que nous fassions mieux connaissance...
Sylvie Duguay n'avait guère envie de créer des liens avec cette femme qui, bien qu'assez jolie et apparemment du même âge qu'elle, faisait office d'importune. Mais elle ne trouva rien à répliquer et elles descendirent toutes les deux au sous-sol, dans la grande pièce où Sylvie Morel avait passé la nuit. Le lit avait cédé la place au divan.
- J'ai préféré remettre le sofa en place, expliqua la rousse, au cas où nous recevrions quelqu'un.
- Vous avez souvent des visiteurs?
- Souvent? Non, pas vraiment, répondit Sylvie Duguay. De temps à autre, Michel invite quelqu'un pour la soirée.
- Des amis communs?
- Je n'ai guère d'amis, vous savez. Et puis, il ne s'agit pas véritablement de soirées sociales...
- Ah non? s'étonna la brunette en prenant place au côté de l'autre femme, sur le divan.
Sylvie Morel était de plus en plus intriguée par la jeune femme rousse. Il émanait d'elle une espèce de mystère qui la poussait à l'interroger. De son côté, l'autre femme commençait à apprivoiser cette autre présence féminine. Tout d'un coup, ses barrières s'effondrèrent et elle se mit à parler de sa jeunesse, de la perte de sa mère, de ses problèmes, de sa période d'itinérance et finalement de son arrivée ici où je l'avais recueilli en octobre dernier.
Sylvie Morel se sentit soudain très proche d'elle et elle faillit même la prendre par les épaules pour la consoler, mais elle se retint pour ne pas l'effaroucher.
- Vous avez eu une existence difficile, décréta-t-elle, mais ici vous êtes bien!
Sylvie Duguay opina du chef.
- Et qu'est-ce que vous faites, en plus du ménage? Michel m'a dit que vous lui rendiez certains services...
La rousse se demanda jusqu'où étaient allé les confidences que j'avais pu lui faire. Elle décida de se jeter à l'eau.
- Je vais vous montrer, dit-elle en se levant pour allumer le téléviseur et insérer une cassette-vidéo dans le magnétoscope qui y était accouplé.
Elle revint prendre place auprès de la brunette en énonçant étrangement cette phrase:
- Vous devez me promettre de ne rien dire, ni même à Michel.
- Dans quel but?
- Promettez-le moi, Sylvie! insista la rousse, un doigt sur le bouton permettant de déclencher le visionnement du film.
- D'accord, Sylvie, je ne dirai rien à personne, quoi qu'il advienne.
Gardant le silence, Sylvie Duguay pointa la télécommande vers le téléviseur et elle commanda le début du film.
Sylvie Morel porta son attention sur l'écran où elle reconnut la pièce où elles se trouvaient. Elle vit une femme aux cheveux noirs vêtue élégamment d'un tailleur marine qui se tenait bien droite, regardant vers la porte. Seul détail étrange, l'inconnue arborait un loup noir au visage pour masquer son identité.
Sylvie Duguay fit alors son entrée dans la pièce, hésitante, et elle s'arrêta devant la femme qui lui dit quelques mots à voix basse. Tout à coup, elle reçut une gifle qui la fit vaciller sur ses jambes, puis reculer vers la porte où elle s'est agenouillée. Interloquée, Sylvie Morel tourna les yeux vers sa compagne qui tremblait comme une feuille. Elle aurait voulu dire quelque chose, mais elle ne trouvait pas les mots. Elle comprit cependant qu'elle allait assister à une projection d'un genre un peu spécial.

*

Sans dire un seul mot, Sylvie Morel regarda toute la présentation. Quand ce fut terminé, Sylvie Duguay extirpa la cassette du magnétoscope et alla la ranger, sans dire un mot. Elle revint ensuite se poster face à son homonyme qu’elle dévisagea avec insistance. L’autre se leva, tremblante.
- Vous ne direz rien à Michel, vous me l’avez promis, n’est-ce pas? interrogea la rousse.
Trop interloquée pour répliquer, Sylvie Morel hocha la tête affirmativement. Rassemblant tout son courage, elle demanda :
- Cela a dû être terrible! J’en tremble pour vous!
- Pour dire la vérité, c’est encore pire que ce que vous pouvez imaginer. Mais par contre, il n’y a pas que des revers à ce genre de jeux.
- Que voulez-vous dire?
- Je doute que vous puissiez comprendre! C’est un rapport de force qui s’établit entre tous les participants. Que vous me croyiez n’a pas d’importance à mes yeux, mais sachez que j’étais tout à fait consentante!
- Vraiment?
Sylvie Duguay opina du chef avec fermeté, puis elle ajouta :
- C’est même moi qui ai proposé la séance à cette dominatrice!
Sylvie Morel prit le temps d’assimiler un tel déversement presqu’invraisemblable, puis elle tenta d’obliquer sur une autre tangente :
- Et vous pratiquez ce genre de séance fréquemment?
- A vrai dire, jusqu’ici ce fut notre seule séance, mais je suis persuadé que Michel rêve de me voir recommencer.
- Toujours avec cette… cette dominatrice?
- Avec elle ou pourquoi pas, avec quelqu’un d’autre! Comme cette dominatrice est lesbienne, Michel n’a aucune chance de la convaincre de le laisser participer à nos ébats. Je le soupçonne d’avoir des idées derrière la tête… peut-être vous concernant, ma chère Sylvie!
- Moi? s’étonna Sylvie Morel. Mais je n’ai jamais fait ce genre de chose, je ne pourrais pas…
Sylvie Duguay s’approcha d’elle, arborant un sourire quelque peu énigmatique. Elle dit :
- Moi non plus, je n’avais jamais fait cela auparavant. Si on essayait!
Sylvie Morel se retrouva estomaquée par une telle suggestion et fut incapable de répliquer. Prenant cette attitude pour, sinon de l’assentiment, à tout le moins, une indécision qu’il convenait de contrer, la rouquine lui décocha une gifle en jetant :
- Déshabilles-toi!
Interloquée, Sylvie Morel recula d’un pas, venant en contact avec le divan où elle alla s’effondrer, la respiration haletante. Comme elle ne faisait toujours pas mine d’obtempérer, Sylvie Duguay se pencha, empoigna les deux pans du chemisier et d’un coup sec, le déchira, faisant virevolter les boutons en tous sens. Non contente, elle s’empara des bretelles du soutien-gorge qu’elle abaissa tout aussi sèchement, faisant jaillir la poitrine hors des bonnets.
La brunette était sidérée par l’attitude de l’autre femme, mais elle se tint coite et elle ne chercha même pas à se couvrir. Le cœur au bord des lèvres, elle se redressa. Sylvie Duguay reprit :
- Maintenant, je te conseille de te mettre à poil gentiment sinon ta garde-robe risque d’être à renouveler!
Sylvie Morel dégrafa son soutien-gorge qu’elle finit de retirer, puis elle poursuivit en enlevant sa jupe, ses chaussures, ses bas-culottes et finalement sa culotte blanche. Elle se posta droite devant l’autre femme, toujours tremblante et haletante, en expectative. La rousse se décida enfin à lui sourire, puis elle lui déclara :
- Voilà qui est bien mieux, ma belle! Maintenant, nous allons tourner un petit film toutes les deux.
Sylvie Morel ne savait que faire, mais l’autre ne lui laissa pas le temps de réagir et elle alla quérir mon petit matériel vidéo. Elle dressa le trépied, puis elle y fixa la caméra, sans porter trop d’attention à la femme nue. Quand ce fut fait, elle se tourner vers elle, lui désigna l’espace central de la pièce et ordonna :
- Tu vas te mettre là!… À genoux, évidemment!
Sans savoir quel sort l’attendait, Sylvie Morel se dirigea à la place qui lui était assignée, puis elle s’agenouilla.
- Écartes les cuisses!
La brunette obtempéra avec à peine un soupçon de mauvaise volonté, mais ce fut suffisant pour que l’autre ajoute :
- Tu ferais mieux d’obéir sagement, sinon je te promets que tu seras fouettée!
L’horreur se peignit sur les traits de Sylvie Morel qui écarta davantage les cuisses et redressa son buste vers la caméra.
- Voilà qui est mieux! Bon, par quoi allons-nous commencer?
Sylvie Duguay n’eut aucune peine à trouver une scène qui pourrait certainement me plaire lors d’un visionnement futur. Elle fixa donc son homonyme et lui jeta :
- Branles-toi!

Auteur:anchor987