JULIEN6

06 - PRESQUE TROIS MOIS

Ce soir là, Isabelle est arrivée chez moi à l'heure où la ville s'endort. Je l'attendais plus tôt mais elle ne me fournit aucune explication, débarquant emmitouflée par un imperméable argenté. Elle m'embrassa et me voulut nu dans les meilleurs délais. Je la trouvai extrêmement stricte, cérémonieuse, excitée également. Elle dénoua la ceinture, libéra les boutons et lança son corps dans l'inconnu. Je ne trouvai pas de mot pour la remercier de m'offrir un tel spectacle. Le latex ne m'ayant laissé que de merveilleux souvenirs, je m'attendais à une suite grandiose. Elle vint m'enlever mes bas ainsi que le porte-jarretelles. "Tu as confiance ?" me demanda-t-elle avant de nouer une extrémité d'un bas autour de mon poignet gauche, je lui offris le droit afin qu'elle réunisse mes membres supérieurs. Le deuxième bas, Isabelle le recycla en ligaturant mes bourses, s'informant constamment de ma réaction avant de procéder à la réunion des deux bas de manière à ce que les poignets joints soient indissociables de mon sexe. Même si la soie mordait ma peau, je gardais à l'esprit sa promesse de me soulager. Elle me poussa sur le lit où je m'écroulai sans pouvoir me retenir. De ma position inamovible, je la regardai enfiler ses gants puis poser son sac sur la couette où elle me rejoint. Isabelle me bascula de manière à ce que mon corps repose sur son flanc gauche. Je sentis sa main remonter le long de mes jambes jusqu'entre mes fesses qu'elle écarta avant d'apposer de son autre main une quantité de lubrifiant plus importante qu'à l'accoutumée. Après avoir étalé le gel, elle décida de glisser ses doigts entre mes cuisses afin de venir caresser mes bourses. Nos doigts se côtoyaient mais seule Isabelle pouvait mener la danse. La présence de ce latex lubrifié sur mes couilles gonflées par le désir et la contrainte avait quelque chose de différent. Durant ce temps, Isabelle me parlait, lointaine, je distinguais néanmoins parfaitement ces murmures. Elle aimait se projeter sur l'avenir, lancer des idées dont certaines ne s'étaient pas encore concrétisées. Ainsi, elle me reparla ce soir-là d'une véritable tenue fétichiste qu'elle recherchait pour me la destiner. Cuir, latex ou vinyl, Isabelle n'était pas encore fixée. Elle voulait que sa contrainte soit terrible, et qu'elle dégage une sensualité maximale. Rêveuse ? Isabelle savait ce qu'elle faisait. Et lorsque je la sentis cesser de m'aguicher pour s'occuper de nouveau de mon fessier, je sus que l'instant était venu. Une texture semi-rigide venait de se présenter lorsque le perçus la pénétration d'une extrémité arrondie, l'objet glissa en moi sans grande résistance grâce à la précision d'Isabelle : son geste lent mais régulier évanouissait toute rébellion. Lorsqu'Isabelle constatait une opposition, je sentais l'objet reculer pour mieux sauter, toujours aussi tendrement. Le zénith dilatant était atteint lorsque je sentis mon anus se relâcher et retrouver la paix : obstrué par la continuité du corps dont le diamètre avait brusquement diminué, je ne pouvais néanmoins pas vivre normalement. "J'étais ouvert" et le resterais grâce à ce plug dont la base ôtait à mes fesses tout espoir de se réunir convenablement. Isabelle ne s'attendait pas à ce que je l'accepte aussi facilement. Physiquement et mentalement, j'avais été à la hauteur de ses espérances. Mais elle me rappela (sans doute afin que je n'oublie pas de redouter l'avenir) l'importante lubrification dont qu'elle m'avait accordé et surtout, le principe du plug : "c'est la durée de son étreinte qui constitue l'épreuve". Fesses pleines, cul ouvert, "le petit soumis apprend la vraie pénétration". Isabelle avait raison. J'apprenais. Lorsqu'elle exerçait du majeur une pression sur l'épicentre de la base en latex, c'était tout mon corps qui réagissait. Quand les minutes s'égrainaient, c'était le lubrifiant qui disparaissait. Enfourchant son soumis de nouveau sur le dos, Isabelle me faisait la lecture érotique mains nues pendant que le plug se fixait en moi. Contracter les sphincters devint impossible et la présence douloureuse. Pas vive. Non. Plus sournoise. Plus supportable. Je l'écoutais raconter, mon sexe gorgé d'envie, les mains coincées sous ces cuisses blanches qui finissait sous le latex de sa culotte. J'aurais pu caresser ses lèvres moulées par la matière brûlante, mais j'aurais fauté. Le recueil de confessions épuisés, Isabelle dénoua le bas autour de mes couilles et libéra temporairement mes bras. Elle le noua autour de mon cou de manière à le tendre jusqu'à la moitié de mon buste. Joignant de nouveau les deux bouts, je n'accédais désormais plus à mon sexe. En prenant appui ses quatre membres, Isabelle se retourna. La culotte obsédante obstruait dès lors mon champ visuel. Orpheline d'une paume, la jeune femme maintint malgré tout l'équilibre de son sublime édifice : la déserteuse vint se glisser juste sous mon nez mais aussi sous le latex. Le sentiment de frustration que j'ai alors ressenti est inexplicable : je discernais les formes d'une masturbation chaotique sans pouvoir en profiter. Mais l'effet produit en était d'autant plus fort. Je mourrais de ne pouvoir rien faire sous cette tendre amie en pleine extase qu'elle masquait maladroitement derrière un souffle et des gémissements rauques qu'elle essayait de retenir. Sa main s'extrait de la prison océane pour chercher à taton mes lèvres. Ma bouche dévora ces doigts providentiels et ma langue s'insinua sur la paume qu'Isabelle retira immédiatement pour s'emparer de mon sexe. L'horizon verticale libéré, je suivis du regard son corps et contempla par le biais de ses fesses la période qui suivit. Isabelle disposait de mon sexe et du sien. Déconcertante, elle se masturbait au même rythme qu'elle me branlait et nous éprouvâmes ensemble la béatitude de cette folie. J'aimais sentir ses mains nues sur mon sexe, plus encore lorsque mon plaisir inondait cette pyramide éphémère. Le jeu cessait généralement dans ces instants. Mais lorsqu'Isabelle rampa pour quitter le lit en destination bipède de la salle de bains, je lui glissai de ne pas m'oublier, sans obtenir réponse. J'entendis l'eau couler, sans doute pour débarrasser ses ongles d'un parfum pourtant adorable. Puis la porte se referma sur ma pénible solitude. Solidement entravé, je ne parvins pas malgré mes efforts à quitter la soie ou à expulser le plug solidement ancré en moi. Quand Isabelle reparut, le sperme inondant mon pubis lisse avait séché. Les cheveux ondulés et humides, le corps nu et sec, le latex des dessous tenu entre deux doigts, ma redoutable amie s'approcha de moi, effleura mon visage des bretelles rouges et s'agenouilla au bord du lit. Elle caressait mon front et je n'osai rien dire. J'avais eu envie de le faire avant qu'elle ne commence mais une fois fait, j'étais hypnotisé, captivé, torturé par la question et le reste. "Ces instants là sont aussi précieux que les autres" me répétait-elle. Elle voyait bien mes yeux au bord des larmes. Nerveuses ou de faiblesse ? Mais le système Isabelle n'avouait aucune faille : elle vint se coucher auprès de moi sans dénouer mes liens, sans libérer mes fesses de son étreinte. Isabelle me possédait. Isabelle éteignit la lumière. Isabelle s'endormit bien avant moi.

Peu de temps s'était écoulé lorsque mon agitation la réveilla. "Qu'est-ce que tu fais ?" soupira-t-elle complètement comateuse. "Je n'arrive pas à dormir" lui répondis-je d'une voix pleine de lassitude. Elle nous débarrassa de l'obscurité et alla chercher une paire de ciseaux afin de couper mes liens. D'inquiétantes marques rouges acquiesçaient de leur solidité et de la douleur qui m'avait peu à peu envahi. Isabelle se recoucha et me dit d'ôter moi-même le plug. Elle me regarda grimacer puis déposer l'objet au sol. Elle éteignit de nouveau la lumière. Isabelle s'endormit avant moi mais bien qu'ayant traversé une véritable épreuve, j'avais une nouvelle fois la preuve que jamais Isabelle ne m'aurait imposé plus que de raison.

Le plug n'étonnait pas par sa démesure. Raisonnable, je m'étonnais en le regardant qu'il ait pu tant me tenailler la nuit précédente. Le matin, Isabelle m'avait signifié de ne plus dissimuler les accessoires de notre relation désormais stable et appelée à un avenir beau mais inconnu. Au déjeuner que je pris sur entre deux rendez-vous, je lui avais demandé si tout ne s'accélérait pas trop, si tout n'allait pas trop vite. Elle m'avait calmement répondu que les événements suivaient leur cours : une barrière franchie, une nouvelle se présentait aussitôt. Plus j'acceptais, plus Isabelle m'en donnait. "Ne te méprends pas, c'est moi qui décide" avait-elle ajouté avant d'affiner son idée "Tu n'as pas le droit de refuser, tu n'as plus le droit de reculer". Bien entendu, c'est la première fois que je l'entendais parler ainsi me privant de mon libre arbitre mais les possibilités futures me fascinaient. Elle me demanda si j'en étais bien conscient. "Oui, je le suis. Je suis conscient de cette évolution vers un univers où l'incertitude, la servitude et la contrainte sont les principales vertus" lui avais-je répondu. Un peu vite ? Le soir même, je sortis de la valise fermée à clef mes sous-vêtements de soumis que j'intégrai à la commode où je rangeais mes dessous habituels. Lorsqu'elle arriva, Isabelle se montra satisfaite de voir le plug posé en trophée sur la table de nuit.

Dans les premiers temps, je découvris en privé la contrainte d'une telle pénétration. Uniquement connue allongé, vécue à la verticale, les inconvénients sont tout autres. Outre la sensation d'être plein et ouvert, la mouvance de l'objet préoccupe largement au début. Lorsqu'Isabelle me réappliqua le plug, deux jours après la grande première, elle me fit "défiler". Difficile mission durant laquelle je revêtis successivement mes sous-vêtements de soumis devant les yeux de leur donatrice. J'appris immédiatement que marcher avec le plug vous changeait profondément ; le comportement s'en trouve affecté et le cœur palpite anormalement. Mes gestes lents ont séduit Isabelle qui se délectait du spectacle que je lui offrais. Une fois la marche appréhendée, m'habiller devint délicat : en me penchant, je sentais le latex avancer ou reculer selon la position. J'étais obsédé par une seule idée : que le plug glisse et tombe par terre. Ce qui devait arriver arriva : pendant que je luttais avec les jarretelles de mon troisième essayage, le plug profita d'une inattention et glissa sans qu'agir sur mes sphincters soit utile. Isabelle éclata de rire pendant que je restais planté comme un pantin désarticulé. En riant, elle me demanda de m'approcher, son visage était rouge du fou rire qui ne la quittait pas. Quelle humiliation se fut de sentir sa main effectuer un aller-retour entre mes grosses fesses afin que le kleenex ôte le surplus de lubrifiant. "Il faut que je perde cette habitude de te beurrer autant…" commenta-t-elle en m'essuyant comme une mère avec son garçonnet. Elle insista sur l'anus de manière à le rendre moins aise : "il me semble déjà bien souple, désormais je t'en mettrais un minimum ; je souhaite que tu ne perdes rien de cette présence afin qu'à chaque instant tu sois conscient de ta condition et de l'état de ta rosette… comme elle, tu es en pleine évolution et évoluera encore". Je n'eus pas le temps de réfléchir à ces paroles qu'Isabelle réintroduisit le plug entre mes fesses. Sa progression fut aisée mais lorsqu'il fut en place, je compris à quoi servait le lubrifiant. Désormais, le plug était vissé en moi et demeurait inébranlable durant tout l'exercice que je dus refaire sous l'œil attentif de mon exhibante amie.
Par la suite, je découvris comment vivre avec ce nouvel ami : le plug en vous, ce sont des choses simples et essentielles qui se compliquent. Produire un vent par exemple : voici un acte qui ne passe jamais inaperçu lorsque vos fesses sont pleines. Bander également : je m'étonnais de ne pas connaître d'érection face à certaines conditions qui m'en provoquaient jusqu'alors ; je compris assez rapidement que la pression du plug décourageait certains élans, à l'opposé, lorsque l'excitation se manifestait de nouveau, la présence du latex décuplait le plaisir au point de même l'anhiler. Ces deux éléments fascinèrent Isabelle qui ne les imaginait pas : ainsi, je dus affronter plusieurs railleries sur la mollesse de mon sexe ou commentaires quand je jouissais. J'ai toujours été fasciné par la communion d'esprit existant entre nous : Isabelle devinait ce que je ressentais et s'en servait. Lorsqu'elle s'aperçut qu'éjaculer avec le plug en moi m'affectait, elle m'humilia d'une pensée qui m'a longtemps posé problème : "tu deviens une vraie femelle, tu jouis par le cul". Ces mots crus prononcés dans un contexte d'excitation intense où nous perdons chacun une part de nos inhibitions, cette phrase donc m'excita autant qu'elle me troubla. En effet, Isabelle saisit immédiatement le corollaire et ne tarda pas à me glisser à l'oreille qu'elle pourrait me faire jouir uniquement en me pénétrant ou bien que j'étais fait pour accueillir entre mes fesses une queue de mâle, un vrai. Consciente d'avoir touché un point sensible, Isabelle axa la suite des jeux à base de pénétration sur un terrain plus ludique, expérimental sans néanmoins oublier de revenir aux idées émises plus haut.
Dîner en ville, séance unique de cinéma, pièce de théâtre, opéra… toutes ces activités, je les ai revisitées en étant investi par la volonté d'Isabelle. Investi par son plug. Introduit par ses soins en me sevrant d'une quantité supplémentaire à la noisette de gel qu'elle m'octroyait "charitablement". Déjeuner chez des amis un dimanche après-midi fut différent. Je ne parvenais pas à me concentrer et parut bizarre à mes amis. Car c'est aussi le vice du plug : la durée conditionne les événements. Si la présence me sembla assez rapidement agréable au début, au-delà d'un certain laps de temps, cette contrainte portait véritablement bien son nom. En effet, après cette période douce, une autre période surgit sans prévenir : celle où le latex vous brûle, celle où la base du plug devient un supplice lorsque l'on vous fait rester assis, celle où une seule envie subsiste, se libérer. Mais Isabelle n'admettait pas que je me libère à son insu. J'avais expulsé le plug durant l'opéra, lorsque Isabelle s'en aperçut à notre retour à l'appartement, elle me fit un sermon sur l'obligation de lui demander l'autorisation. Sermon que j'ai écouté à genoux. Attentivement écouté puisque je relevais dans ce discours la première menace de sanction. Elle n'en dit pas plus mais cela me suffit pour ne plus recommencer. Lorsque son accord est donné, le vide alors ressenti est terrible. J'avais la sensation d'encore porter le plug plusieurs minutes après son expulsion. Le plus désagréable étant sans doute de sentir un point d'irritation très profondément ancré en soi lorsque les muscles se contractent, et ce malgré l'absence remarquée.

Auteur:Inconnu