JULIEN4
04 - BIENTÔT DEUX MOIS...
Cette surprise
qu'Isabelle avait promis fut en fait une succession de surprises. Sa présence
physique tout d'abord, nous étions dans un hôtel chic, elle avait fait l'effort
de s'adapter en sublimant son charme. À table, elle me glissa même à l'oreille
ce qu'elle portait sous son ensemble noir. J'y pensai beaucoup durant le dîner.
J'attendais cet instant où je la regarderai se déshabiller. Isabelle insista
pour que nous allions danser. J'avais horreur de me trémousser, plus encore en
galante compagnie parce que je me sens ridicule sur la piste. Surtout lorsque je
sais mes jambes gainées de soie. Pressante, je lui octroyais ce plaisir et nous
rentrâmes assez tôt dans la nuit après nous être bien défoulés. Durant les
slows, je subis les assauts d'Isabelle qui dessinait du doigt le string sous mon
pantalon. Son ongle courait le long de l'élastique et rejoignais parfois mon
sexe emprisonné. "J'aime sentir cette présence" dit-elle en parlant des
jarretelles, en caressant l'une d'elles sur sa longueur. Longuement… très
longuement. Elle recommença dans l'ascenseur qui nous menait à la chambre en
s'amusant à dégager mes bas de chacun de leurs supports. Ma démarche jusqu'à la
porte avait une pointe de ridicule qu'elle savourait. Elle se jeta sur le grand
lit, s'étendit les pieds encore sur le parquet. Elle prit appui sur ses coudes
et releva le buste, disposée à me regarder ôter ma chemise, mon pantalon. Tout
sauf l'essentiel. Je m'approchai sur sa requête et c'est elle-même qui remit mes
bas en place. Elle était si proche, si tendre, si excitée… Je voyais son regard
rehaussé par une chevelure en manque de sagesse. Isabelle était ébouriffante ce
soir là. Assise, moi debout, j'avais une vue plongeante sur son décolleté que je
guettais en vain depuis qu'elle m'avait parlé. Elle déboutonna sa veste, se leva
en me bousculant afin de mettre sous mon nez un somptueux soutien-gorge en latex
qui laissait tout deviner sans rien montrer. Je fus éberlué par la beauté de ce
balconnet que je n'aurais jamais cru Isabelle d'arborer. Cette matière, c'était
si inhabituel pour elle. Sous la jupe, le string aux propriétés similaires me
donna envie de toucher. Ma main se posa sur son ventre et descendit jusqu'à la
zone extrême, mes doigts touchaient la partie supérieure du latex. La
respiration d'Isabelle se comparait à la mienne. Nous étions en harmonie. Dans
un état d'excitation proche de l'extase. Elle me confiera plus tard que cette
matière l'avait excitée dès l'instant où ses chairs avaient été emprisonnées.
Précisant que la sudation s'ajoutait au bruit et à l'odeur du latex. Isabelle
s'éloigna un court instant et revint avec quelque chose dans son dos qu'elle
posa sur le lit. "Aide-moi" dit-elle en me présentant sa main. Je pris un des
gants qu'elle venait de déposer et l'assista de manière à ce que le latex
remonte jusqu'au poignet. Lorsque je me baissai pour saisir le second, sa main
gantée appuya sur mon épaule gauche. Isabelle me murmura de m'agenouiller. Je
posai un genou à terre et l'aida pour le second étui. Elle était sublime ainsi
préparée. Prête à être vénérée, je ne savais ce qui allait suivre. Je le
souhaitais en le redoutant malgré tout. Les extrémités glissantes se mirent à se
promener sur mon visage, en aimant mon nez et ma bouche. Je lapais doucement
l'index qu'elle glissait entre mes lèvres tandis que l'autre main caressait ma
nuque. Isabelle s'allongea sur le lit en m'entraînant. Je me retrouvai sur elle,
l'envie aux lèvres. Comme souvent, elle commença à lutter, comme lorsque nous
étions plus jeunes et je la laissai inverser la situation. D'un geste brusque,
une main gantée s'enfila sous le string et empoigna mon sexe, le serrant avec
vigueur. Ses yeux luisaient toujours autant. Elle entama une lente torture, je
pensais revivre cette masturbation où le gant était de cuir et l'éjaculation
masquée par le satin. Mais Isabelle prenait un temps incompréhensible. Elle me
torturait littéralement, alternant lenteur et précipitation, me désorientant
totalement. Puis elle avança à l'aide de ses genoux pour placer son string en
latex sur la bosse que dissimulait le satin. Elle entama de frotter, frotter et
frotter encore ses lèvres sur mon sexe. Le latex retransmettait-il suffisamment
le mouvement ? Celui recouvrant ses seins le faisait parfaitement. Lorsque
j'entrepris de pincer un téton, Isabelle posa sa main sur mon visage de manière
à m'empêcher de respirer. En se relevant sur le matelas, je vis comme jamais ses
jambes tendues avant qu'après s'être retournée elle ne s'asseye sur ma figure.
Ses lèvres se trouvaient de l'autre côté et je ne pouvais les atteindre malgré
mes efforts. J'eus peur d'une vengeance lorsque ma langue s'aventura à laper le
latex mais c'était ce qu'Isabelle attendait de moi avant que je suffoque. Elle
me redonnait de l'air lorsqu'elle m'entendait gémir et sentais que j'étouffais
sous un poids hermétique et brûlant. Isabelle parvenait assez bien à empêcher
mes mains de parvenir jusqu'à ses hanches, réussissant même à immobiliser mes
bras dans l'étau constitué par ses mollets et ses cuisses. J'agonisais,
n'entendais plus ses gémissements, respirais difficilement lorsqu'elle me libéra
pour s'allonger à mes côtés. "J'ai envie de toi" lui dis-je en vain. Elle avait
envie d'autre chose, ou de plus. Elle se leva et m'entraîna jusqu'à la fenêtre,
sur le balcon où la nuit affirmait sa fraîcheur. Mais nos corps ne s'en
rendirent pas compte. Dans une lueur peu discrète, je la suivais malgré ma
tenue. À l'air libre, elle dégrafa son soutien-gorge qu'elle lança à l'intérieur
de la chambre et libéra cette poitrine tant aimée, une poitrine généreuse,
laiteuse et luisante de sueur. J'embrassai un sein, j'entamai de lécher cette
rosée salée mais sa main repoussa ma figure pour saisir mes doigts qu'elle mena
jusqu'à sa poitrine. Jamais effleurer ces globes n'avait provoqué telle
satisfaction mutuelle. Le geste lent, appuyé, déterminé à recentrer le toucher,
Isabelle se laissait animée, usant de réciprocité. Elle m'embrassa. Que dis-je,
nous nous embrassâmes en reculant vers la chaleur, Isabelle s'agenouilla
immédiatement un tapis rencontré. Je crus rêver lorsqu'elle glissa le string
afin de libérer mon corps. Je me mis à rêver lorsque sa bouche épousa mon sexe
pour une union tendrement chaotique. Je caressais son front, ses cheveux ; elle
promenait les gants jetables sur mes fesses, les malaxant, les pressant pour
démultiplier les sensations. Je la regardai s'interrompre, lécher ses doigts
après avoir coincé l'humide extrémité entre le latex. Elle reprit sa valse
brûlante, glissant salive sur mon sexe et mains vers mes fesses. Sa bouche
ralentit, mon envie grandit, mon intimité s'emplit. La présence glissante qui
flirtait avec mon orifice avait pressé mon anus afin d'y pénétrer. Sans
prévenir. Quasiment anonymement. Alors que j'aurais du me manifester, Isabelle
reprit son allure de croisière et tua l'esquisse de parole. Une main entre les
cuisses modifia ma tenue, moins droit, je cédais du terrain à ma partenaire
désireuse de les desserrer. Le présence évolua en moi et mon plaisir s'accrut.
Le rythme de sa langue ralentit, déclina au profit de sa main active : Isabelle
laissa mon sexe respirer afin de me regarder de sa position certes inférieure
sur le plan horizontal, mais ô combien supérieure sur celui de la verticale. Je
n'abaissais plus le menton, je le levais ; je n'avais plus les yeux malicieux et
ouverts mais clos et honteux. Sa main poussait, son doigt se promenait, allait,
venait, tournait, se dédoublait : mon désir augmentait. J'ai éjaculé :
subitement, de sensations extrêmement diverses et méconnues, sans intervention
sur mon sexe en extase. Le mouvement se figea et cessa avec mon plaisir.
Préférant de ne pas affronter la cruauté du regard, je gardai la pose, entendant
Isabelle ôter ses gants et glisser derrière moi. Elle prit ma main et me guida
jusqu'au lit où elle m'allongea. Glissa sur moi avant de s'échouer à mes côtés,
caressant mon front, embrassant mes lèvres. Je ne bougeais plus. Comme saisi.
Pénétré ? J'inclinai ma tête en cherchant son buste, le menton se nicha sur la
poitrine pourvue d'un parfum masculin et d'une texture caractéristique. Isabelle
remonta les couvertures jusqu'à son cou et eu la patience d'attendre que je
m'endorme ainsi. Sans un mot. Avec toute la compréhension d'une
femme.
Dès lors le cap que constitua ce week-end passé, Isabelle avait toutes les cartes en main :
o elle connaissait le fil rouge de mes pensées fantasmatiques
o elle s'appliquait à m'initier à ce qu'elle avait retenu de nos lectures communes
o elle saurait m'imposer la moindre de ses envies.
À ce triplé, il faut ajouter celui-ci :
o elle m'avait féminisé
o elle concevait de m'utiliser
o elle adorait m'humilier.
Même si sa sincère gentillesse restait à flot, Isabelle savait l'oublier pour me piéger sans que j'ai envie de résister. Ainsi, alors qu'elle s'attendait à me voir m'éloigner, je la surpris en supportant de continuer notre jeu. Mais alors que j'ignorais vers quelles eaux j'évoluais auparavant, je devins aveugle après qu'elle ait physiquement pris possession de mon corps, par l'intermédiaire de ce qui est cher à un homme : l'assurance, l'autonomie, la virilité.
La virilité tout d'abord : en m'ayant sodomisé et modifié mes habitudes vestimentaires, Isabelle aspirait à contrôler l'homme qu'elle voyait en moi, à sa guise et non à la mienne.
Son corollaire, l'assurance : alors que lors de nos premières parties, j'avais cru qu'Isabelle glisserait à une relation plus classique après s'être vengée, je savais désormais qu'elle se maîtrisait pleinement : il demeurait illusoire de la toucher, de l'honorer ou de l'aimer sans me sacrifier. Cette fierté propre aux hommes, Isabelle m'en débarrassait en mettant sur mes épaules une pression énorme.
Cette pression, est-ce l'amour ? En quelque sorte, j'ai perdu ma dernière once d'autonomie en me rendant sans conditions. Je me rendais déjà compte que vivre sans elle était difficile, mais connaître tant de choses qui me semblaient accessibles s'avérait impossible. Ce n'est pas les moyens mais la personne avec laquelle on parvient à ces instants magiques. J'étais prêt à beaucoup. Elle n'en attendait pas moins.
Le lendemain de cette nuit en fut la parfaite expression. Dès le réveil, Isabelle eut ces paroles aussi réconfortantes qu'inquiétantes : "Je n'oublierai jamais…" ce que j'avais fait ? Je sus qu'elle m'était, non pas reconnaissante, mais… comment dirais-je ? Elle appréciait. Elle se rendait compte. Et parce qu'elle ne perdait jamais cette lucidité, elle savait désormais que les limites, elle savait les faire voler en éclat. Ce pouvoir, je l'en avais investie en acceptant l'inacceptable. Isabelle n'était pas pleinement de bonne humeur, ou dumoins elle jouait ce rôle. Insatisfaite que je n'ai pas tenu mon rôle jusqu'au bout — "j'avais de grands projets pour toi…", projets secrets —, elle avait eu ce tact que j'appréciais de ne pas me culpabiliser en insistant, préférant sur le moment me laisser encaisser en sombrant. Elle m'avoua s'être masturbée sans me réveiller mais entendait me faire payer ce plaisir solitaire qu'elle voulait agrémenter d'une autre dimension. Elle me traita comme un petit garçon : tout d'abord en me faisant ramasser tout ce que nous avions laissé traîner la veille — gants compris — avant de m'envoyer au bain. Elle s'occupa de me savonner de la tête au pied, gantée d'une autre paire, comme pour aider le souvenir. En savonnant longuement mes fesses, je redoutais qu'elle recommence. Car ce qui m'avait subjugué dans le feu de l'action serait d'une cruelle réalité en un tel instant. Elle me mit au coin le temps de sa toilette qui me parut interminable. Pourquoi ai-je accepté ? Le jeu ? Cela me plaisait-il tant que cela d'être infantilisé ? Passons… Elle m'habilla d'un costume strict qu'elle agrémenta de "dessous de soumis". Elle avait pour la première fois employé LE terme. Elle me priva de chaussettes pour corser la présence des bas et laissa la braguette de mon pantalon ouverte de manière à pouvoir me rendre risible, me surveiller et disposer de moi à sa guise. Je l'ai ensuite habillée selon ses directives. J'appréciais cette contrainte. Je profitais visuellement de son corps comme jamais. En particulier lorsque j'ajustais son slip ou son soutien-gorge. Ce matin là, elle infligea de nouveau à sa peau la caresse du latex. J'admirais l'élasticité dont il faisait preuve sur le dessin de ces lèvres interdites lorsqu'elle me fustigea d'une remarque aussi pertinente que poignante : "j'ai une superbe toison, non ? Tout le monde ne peut pas en dire autant…". C'était délicat de l'encaisser sur l'instant mais aujourd'hui, j'en apprécie vraiment la saveur. Vêtue d'un pull et d'un jean, elle était la même : superbement sensuelle, affolante de féminité. Elle me promena en bord de mer, le sable se chargeant d'alourdir mes bas ; me contraignant sur le bord d'une départementale à troquer le costume pour une tenue plus week-end avant de m'obliger à un détour de deux cent kilomètres pour saluer ses parents qui nous retinrent à dîner. N'hésitant pas à me faire rouler de nuit malgré un rendez-vous matinal du lundi et exigeant que je monte boire un dernier verre une fois arrivés à son appartement. Alors qu'après m'avoir montré un visage très décidé dans l'après-midi puis une mine rayonnante de simplicité dans la soirée, Isabelle revêtit sa plus sévère figure en ce début de nuit. "Nous n'allons tout de même pas finir notre week-end de la sorte, tu serais capable d'oublier qui je suis, ce que je représente" lança-t-elle en ôtant son jean. J'aurais bien été incapable d'amputer mon cœur, mon esprit et mon âme de son essence. Mais elle jugea utile de me rappeler non ce qu'elle représentait à mes yeux, mais ce que je symbolisais vis-à-vis d'elle. "Aide-moi" et je l'assistai pour enlever son pull, puis son corsage que je m'apprêtais à déposer sur le dossier d'une chaise. "Garde-le en main et va fermer les stores" commanda-t-elle. J'avais une idée en tête mais je me trompais. Je revins vers elle, devant elle. Sa peau avait le même aspect brillant que la veille. Elle me prit le soutien-gorge des mains, dirigea la face humide des bonnets vers l'extérieur et me rendit l'objet en ajoutant : "Lèche !". Mes yeux s'écarquillèrent mais les yeux restèrent de marbre, secondés par des lunettes à la monture de maîtresse d'école. Je portai le latex à ma bouche et entreprit d'accomplir sa demande, le nez empli d'odeur, la bouche pleine de saveurs dont la matière particulière n'était pas la dernière. Je croyais néanmoins distinguer plus agréable derrière ce goût plastique malgré le peu d'agrément procuré par cet exercice. "Suffit !". Chez Isabelle, à cette époque, le langage ordonnateur se traduisait par des mots esseulés, des phrases courtes, un ton impératif. "Aide-moi pour la culotte s'il-te-plait" murmura-t-elle. Je n'en revenais pas et m'agenouillai pour libérer son bassin du latex. Le poil m'apparut désordonné, humecté, noyant une chair ruisselante de minuscules perles. Durant la descente du slip le long des jambes tendues, j'admirais le latex aux reflets fascinants. Je portai le Graal à ma bouche, m'arrêtant le temps d'une œillade d'approbation. Isabelle me regarda plonger au cœur du latex, dévorant les saveurs, léchant la moindre trace, traquant le moindre recoin, m'extasiant d'un goût unique et obnubilant. Elle m'enleva l'objet des mains, laissant mes papilles en éveil malgré une apnée prolongée, mes yeux à hauteur d'un joyau inestimable qu'elle éloigna avec elle. "Je te remercie. Laisse-moi maintenant" dit-elle. Elle m'embrassa sur le pas de la porte et exerça un vœu que je prie pour une fantaisie de plus à honorer : "Sois-sage. Ne te caresse pas… Pas sans moi. Pas sans mon autorisation." Elle me demanda plusieurs fois si j'avais bien compris. Nous ne parvenions pas à nous quitter. Mais j'avais compris.
Dès lors le cap que constitua ce week-end passé, Isabelle avait toutes les cartes en main :
o elle connaissait le fil rouge de mes pensées fantasmatiques
o elle s'appliquait à m'initier à ce qu'elle avait retenu de nos lectures communes
o elle saurait m'imposer la moindre de ses envies.
À ce triplé, il faut ajouter celui-ci :
o elle m'avait féminisé
o elle concevait de m'utiliser
o elle adorait m'humilier.
Même si sa sincère gentillesse restait à flot, Isabelle savait l'oublier pour me piéger sans que j'ai envie de résister. Ainsi, alors qu'elle s'attendait à me voir m'éloigner, je la surpris en supportant de continuer notre jeu. Mais alors que j'ignorais vers quelles eaux j'évoluais auparavant, je devins aveugle après qu'elle ait physiquement pris possession de mon corps, par l'intermédiaire de ce qui est cher à un homme : l'assurance, l'autonomie, la virilité.
La virilité tout d'abord : en m'ayant sodomisé et modifié mes habitudes vestimentaires, Isabelle aspirait à contrôler l'homme qu'elle voyait en moi, à sa guise et non à la mienne.
Son corollaire, l'assurance : alors que lors de nos premières parties, j'avais cru qu'Isabelle glisserait à une relation plus classique après s'être vengée, je savais désormais qu'elle se maîtrisait pleinement : il demeurait illusoire de la toucher, de l'honorer ou de l'aimer sans me sacrifier. Cette fierté propre aux hommes, Isabelle m'en débarrassait en mettant sur mes épaules une pression énorme.
Cette pression, est-ce l'amour ? En quelque sorte, j'ai perdu ma dernière once d'autonomie en me rendant sans conditions. Je me rendais déjà compte que vivre sans elle était difficile, mais connaître tant de choses qui me semblaient accessibles s'avérait impossible. Ce n'est pas les moyens mais la personne avec laquelle on parvient à ces instants magiques. J'étais prêt à beaucoup. Elle n'en attendait pas moins.
Le lendemain de cette nuit en fut la parfaite expression. Dès le réveil, Isabelle eut ces paroles aussi réconfortantes qu'inquiétantes : "Je n'oublierai jamais…" ce que j'avais fait ? Je sus qu'elle m'était, non pas reconnaissante, mais… comment dirais-je ? Elle appréciait. Elle se rendait compte. Et parce qu'elle ne perdait jamais cette lucidité, elle savait désormais que les limites, elle savait les faire voler en éclat. Ce pouvoir, je l'en avais investie en acceptant l'inacceptable. Isabelle n'était pas pleinement de bonne humeur, ou dumoins elle jouait ce rôle. Insatisfaite que je n'ai pas tenu mon rôle jusqu'au bout — "j'avais de grands projets pour toi…", projets secrets —, elle avait eu ce tact que j'appréciais de ne pas me culpabiliser en insistant, préférant sur le moment me laisser encaisser en sombrant. Elle m'avoua s'être masturbée sans me réveiller mais entendait me faire payer ce plaisir solitaire qu'elle voulait agrémenter d'une autre dimension. Elle me traita comme un petit garçon : tout d'abord en me faisant ramasser tout ce que nous avions laissé traîner la veille — gants compris — avant de m'envoyer au bain. Elle s'occupa de me savonner de la tête au pied, gantée d'une autre paire, comme pour aider le souvenir. En savonnant longuement mes fesses, je redoutais qu'elle recommence. Car ce qui m'avait subjugué dans le feu de l'action serait d'une cruelle réalité en un tel instant. Elle me mit au coin le temps de sa toilette qui me parut interminable. Pourquoi ai-je accepté ? Le jeu ? Cela me plaisait-il tant que cela d'être infantilisé ? Passons… Elle m'habilla d'un costume strict qu'elle agrémenta de "dessous de soumis". Elle avait pour la première fois employé LE terme. Elle me priva de chaussettes pour corser la présence des bas et laissa la braguette de mon pantalon ouverte de manière à pouvoir me rendre risible, me surveiller et disposer de moi à sa guise. Je l'ai ensuite habillée selon ses directives. J'appréciais cette contrainte. Je profitais visuellement de son corps comme jamais. En particulier lorsque j'ajustais son slip ou son soutien-gorge. Ce matin là, elle infligea de nouveau à sa peau la caresse du latex. J'admirais l'élasticité dont il faisait preuve sur le dessin de ces lèvres interdites lorsqu'elle me fustigea d'une remarque aussi pertinente que poignante : "j'ai une superbe toison, non ? Tout le monde ne peut pas en dire autant…". C'était délicat de l'encaisser sur l'instant mais aujourd'hui, j'en apprécie vraiment la saveur. Vêtue d'un pull et d'un jean, elle était la même : superbement sensuelle, affolante de féminité. Elle me promena en bord de mer, le sable se chargeant d'alourdir mes bas ; me contraignant sur le bord d'une départementale à troquer le costume pour une tenue plus week-end avant de m'obliger à un détour de deux cent kilomètres pour saluer ses parents qui nous retinrent à dîner. N'hésitant pas à me faire rouler de nuit malgré un rendez-vous matinal du lundi et exigeant que je monte boire un dernier verre une fois arrivés à son appartement. Alors qu'après m'avoir montré un visage très décidé dans l'après-midi puis une mine rayonnante de simplicité dans la soirée, Isabelle revêtit sa plus sévère figure en ce début de nuit. "Nous n'allons tout de même pas finir notre week-end de la sorte, tu serais capable d'oublier qui je suis, ce que je représente" lança-t-elle en ôtant son jean. J'aurais bien été incapable d'amputer mon cœur, mon esprit et mon âme de son essence. Mais elle jugea utile de me rappeler non ce qu'elle représentait à mes yeux, mais ce que je symbolisais vis-à-vis d'elle. "Aide-moi" et je l'assistai pour enlever son pull, puis son corsage que je m'apprêtais à déposer sur le dossier d'une chaise. "Garde-le en main et va fermer les stores" commanda-t-elle. J'avais une idée en tête mais je me trompais. Je revins vers elle, devant elle. Sa peau avait le même aspect brillant que la veille. Elle me prit le soutien-gorge des mains, dirigea la face humide des bonnets vers l'extérieur et me rendit l'objet en ajoutant : "Lèche !". Mes yeux s'écarquillèrent mais les yeux restèrent de marbre, secondés par des lunettes à la monture de maîtresse d'école. Je portai le latex à ma bouche et entreprit d'accomplir sa demande, le nez empli d'odeur, la bouche pleine de saveurs dont la matière particulière n'était pas la dernière. Je croyais néanmoins distinguer plus agréable derrière ce goût plastique malgré le peu d'agrément procuré par cet exercice. "Suffit !". Chez Isabelle, à cette époque, le langage ordonnateur se traduisait par des mots esseulés, des phrases courtes, un ton impératif. "Aide-moi pour la culotte s'il-te-plait" murmura-t-elle. Je n'en revenais pas et m'agenouillai pour libérer son bassin du latex. Le poil m'apparut désordonné, humecté, noyant une chair ruisselante de minuscules perles. Durant la descente du slip le long des jambes tendues, j'admirais le latex aux reflets fascinants. Je portai le Graal à ma bouche, m'arrêtant le temps d'une œillade d'approbation. Isabelle me regarda plonger au cœur du latex, dévorant les saveurs, léchant la moindre trace, traquant le moindre recoin, m'extasiant d'un goût unique et obnubilant. Elle m'enleva l'objet des mains, laissant mes papilles en éveil malgré une apnée prolongée, mes yeux à hauteur d'un joyau inestimable qu'elle éloigna avec elle. "Je te remercie. Laisse-moi maintenant" dit-elle. Elle m'embrassa sur le pas de la porte et exerça un vœu que je prie pour une fantaisie de plus à honorer : "Sois-sage. Ne te caresse pas… Pas sans moi. Pas sans mon autorisation." Elle me demanda plusieurs fois si j'avais bien compris. Nous ne parvenions pas à nous quitter. Mais j'avais compris.
Auteur:Inconnu
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