JULIEN3

03 - UN MOIS ET DEMI

Elle me laisse seul face à son troisième cadeau. Seul devant l'épreuve de fixer les bas aux jarretelles. La culotte et le string avaient quelque chose de léger, d'enfantin, de ludique. Mais le symbole proposé était plus fort. Les hanches rehaussées d'une fine dentelle noire et les jambes gainées de soie, je me sentais beaucoup moins maître de moi, largement moins certain de ma personnalité, vraiment plus féminin. Le string en place, assorti à la couleur du tout et pénétrant à peine mon fessier, les jarretelles plaquées et mon sexe immobilisé de près par un satin plus serré et moulant que le précédent, je fus bien obligé de me présenter au jugement de ma tendre amie. Elle ne souriait pas. Elle examinait, glissant un doigt sous une jarretelle pour critiquer mon travail. "Elle ne tiendra pas un quart d'heure…" commenta-t-elle avec assurance avant de toucher au verso du string. "Celui-là est fait pour couvrir une partie des fesses, pas pour les séparer" ajouta Isabelle en le remettant bien en place avant de régler les jarretelles de manière à ce que les bas soient mieux tendus. "J'ai beau les avoir pris noirs, on voit quand même tes poils… Chuuuut. Ne t'inquiètes pas, je n'avais pas l'intention de…" : elle n'avait pas besoin de terminer cette phrase prononcée avec sa douceur habituelle. Elle sentait bien l'intimidation qui s'était emparée de moi. J'appris donc à porter cet artifice que j'aimais tant regarder sur une femme. J'acquis une certaine dextérité et une ingénuité lorsqu'une jarretelle lâchait prise sans crier gare. Ces petits inconvénients qui rendent le jeu si agréable. Comme la chaleur produite par les bas, ou le risque qui existe lorsqu'Isabelle interdit la paire de chaussettes : se mouvoir devient un délice où l'on pense forcément à ce que le pantalon ne laisse pas paraître la vision de poils écrasés par un voile sombre. Ou bien encore la délicieuse marque du porte-jarretelles laissée sur le ventre après l'avoir porté un long moment. Ceci, Isabelle savait le manier en experte. Même si le mot n'avait jamais été prononcé, je devenais progressivement son soumis. Elle émettait un souhait et je le réalisais. C'est, sans doute, cette notion de désir et non d'ordre qui m'avait permis d'évoluer aussi aisément, sans rencontrer de véritable barrière psychologique, plutôt une réelle motivation.

J'avais suggéré que nous nous éloignions de Paris l'espace d'un week-end. Isabelle me promit une surprise pour notre première nuit d'hôtel. Nous allions bientôt fêter nos deux mois de jeu. Ce jeu, nous lui avions donné des règles complémentaires. Surtout Isabelle. La seule concession qu'elle m'ait accordé consistait à être plus vigilante quant au sentiment de culpabilité que j'avais éprouvé à plusieurs reprises. Notamment après avoir joui. Car Isabelle se délectait de m'imposer des masturbations aussi fréquentes qu'imprévues, incongrues ou importunes. Et je ne le supportais pas toujours bien… et son attitude distante, autoritaire voire dédaigneuse m'était encore méconnue. Cette règle de lui sexuellement lui obéir était donc nouvelle, comme certaines habitudes dont la privation des sous-vêtements masculins hors de mes activités professionnelles. C'est également à cette période qu'Isabelle m'enseigna les principes de base d'un homme compréhensif, bien élevé. Puisque nos jeux me destituait partiellement de mes prérogatives de mâle, traduisez qu'il était ridicule qu'un homme en porte-jarretelles se fasse servir, Isabelle entreprit de me faire goûter aux taches ménagères. Un jeu comme un autre. Mais différent. Où la personnalité distante que j'évoquais à l'instant se manifestait aussi cruellement. Mais ce jeu de courte durée ne faisait pas oublier les instants uniques que je vivais par ailleurs. La vaisselle, le ménage ou la lessive ne pouvaient me faire oublier la présence indispensable de ma tendre amie. Elle me comblait de tendresse, devinait mes pensées et anticipait mes désirs. En sachant m'imposer les siens. Le principal étant cette volonté "de disposer de ce sexe" lorsqu'elle le décidait. Sur la route qui nous menait à Cabourg, Isabelle m'envoya me "tripoter" aux toilettes d'une aire d'autoroute. Je n'arrivais parfois pas à jouir. Isabelle ne le supportait pas. Elle exigeait que j'arrive à jouir sur commande car "la situation où se manifeste mon envie doit provoquer ton désir…". Quelques temps auparavant, j'étais revenu bredouille, elle avait eu ces mots durs mais juste : "pense à ce que tu portes sur toi…" Et je suivais souvent son conseil, en repensant à ce que je vivais grâce et avec elle. Bredouille peut paraître bizarre. Elle n'exigeait pas de preuve. Mais elle savait lorsque je mentais. Ainsi, elle disposait de moi à loisir. Non que l'acte en lui-même l'excitait, mais je crois savoir que ce qu'elle aime, c'est ma disposition mentale après la jouissance où elle s'amuse à m'imposer de nouvelles épreuves ou discussions en sachant pertinemment que mon désir reprendrait progressivement le dessus sur ma gêne ou mon besoin de paix. Il n'y avait jamais de répit avec elle. Ou si peu. C'est sans doute l'absence de relation sexuelle entre nous qui engendrait un état d'excitation quasi-permanent. Nous jouissions ensemble mais toujours en nous masturbant. Elle me caressait parfois, rarement à main nue préférant à travers le satin ou un gant, une fois. Je n'avais pas le droit de la toucher intimement. J'en souffrais. Mais le jeu l'imposait.

Auteur:Inconnu