JULIEN1

01 - LE JOUR J

J'avais presque enseveli ces péripéties lorsqu'un matin, ma secrétaire m'apporta un emballage rigide à mon attention. À l'intérieur de l'enveloppe cartonnée, je trouvai une carte de visite au nom familier. Au fond du paquet, l'objet du mot écrit à la plume dorée : "mets-la pour venir me voir ce soir". Tout d'un coup, le dîner prévu anodinement prit une nouvelle dimension. Je tenais au bout de mes doigts une matière douce, blanche et brillante. Son souhait m'obnubila durant le restant de la journée. J'hésitai jusqu'au dernier instant. Lorsque la décision fut prise, je repassai à mon appartement pour échanger mon caleçon contre cette culotte haute dont les élastiques me serraient trop. En arrivant à son appartement, un mot sur la porte m'avertissait d'un changement de cantine : au restaurant, rien ne vint troubler nos conversations habituels. Je mourrais de savoir à quel instant elle m'assassinerait. J'ignorais. Je voulais savoir pourquoi mais n'osais l'interroger. Il n'était par très tard lorsque je la ramenai jusqu'à la porte de son appartement pourtant elle insista pour aller se coucher, me faisant comprendre de prendre congé. Elle m'embrassa tendrement. Je n'osais diriger mes mains sur les fesses moulées par une jupe obsédante puis reprit le chemin du couloir. Je pensais alors qu'elle avait voulu se venger à sa manière lorsque sa voix douce me rappela, me stoppant net. Je revins vers elle comme souhaité.
" — La portes-tu ?
— Oui" répondis-je à voix basse.
" — Montre-la moi.
— Comment ?" dis-je doucement.
" — Baisse ton pantalon.
— Ici ?" m'étonnais-je. Nous étions au milieu d'un corridor certes désert, mais bel et bien hors de son appartement. Mais le mouvement de tête m'obligea à déboutonner mon pantalon. Son regard insatisfait me fit comprendre que je devais cesser de le tenir, il tomba alors jusqu'aux chevilles. Je me suis senti si bizarre à cet instant, que le temps me semble s'être arrêté. Le polyester m'emprisonnait depuis des heures, inesthétique, plus encore avec cette érection que je ne pouvais dissimuler. Érection contrôlée par l'étroitesse entêtante de la culotte, érection humiliée par son regard. Elle sourit, m'embrassa, sourit plus encore et me renvoya chez moi. Sans rien d'autre.

Lorsque je suis rentré chez moi, un message trônait sur le répondeur. L'entendre provoqua un nouveau trouble. Plus profond encore. "Chaque soir, tu la porteras. Pour me faire plaisir. Tu mérites bien ça non ?" Oui. Je le pensais. Et je réalisais son vœu. Mais le lendemain, elle ne m'en parla pas. Le troisième jour, à la suite du dîner, devant sa porte, elle réitéra sa demande. J'eus plus de mal à l'exécuter. J'ignore pour quelle raison. Elle ouvrit sa porte, illumina le couloir d'une blancheur qui vint me frapper sans qu'elle m'autorise à remonter mon pantalon. Je regardais le sol, elle ma culotte. Elle s'approcha, colla son visage au mien, les yeux élevés vers les miens, la voix sure et le ton sec : "elle est sale, je ne veux pas voir ça…" Elle retourna chez elle et ferma la porte. C'est ainsi qu'elle me condamna à prendre soin de son étrange et envahissant cadeau. Je la lavai en rentrant, et dès le lendemain soir, j'ai commencé à me demander si le choix de la couleur blanche n'était pas délibéré : après une soirée, malgré ma vigilance, le satin polyester se teintait et m'obligeait à recommencer.

Le jeu durait implicitement depuis plusieurs jours lorsque je profitai d'un tête à tête à son domicile pour l'interroger sur la raison de tout ceci. "Ça te plaît non ?" Bien sur. "Alors ne pose pas de question", visiblement, je n'avais que deux mots à dire : oui ou non, arrêtons ou continuons. J'ai préféré continuer. Préféré ne plus sentir mes testicules libres, préféré plonger mon sexe dans un carcan, préféré me sentir moins homme. Le lendemain, elle s'invita chez moi. Arriva en avance et fouina plus encore. Sans rien trouver. Elle mijota la soirée de A à Z : dîner, programme télé et le reste… Nous avions l'habitude de profiter du Home Theatre en tenue légère, confortable. "Pourquoi changer les habitudes ?" précisa-t-elle avec défiance. À la différence prêt que je n'avais pas un caleçon sous mon pantalon… Mais Isabelle s'en moquait. Ou plutôt non. Me voir ainsi l'amusait. Elle avait choisi un film avec une scène torride qui me rendait plus mal à l'aise encore. Cette matière si indiscrète diminue à plus d'un titre notre capacité à dissimuler notre émoi. Elle était entre mes bras lorsqu'elle lança la première salve. "N'oublies pas qu'après le film tu dois nettoyer tes cochonneries…" cette expression me coupa le souffle. Ce ton maternel, cette assurance, Isabelle régissait une partie de ma vie. Mais elle la régissait avec intransigeance. "Montre-moi comment tu fais" et sans attendre la fin du générique, elle m'envoya à la salle de bains. Se tenant à la porte, elle me regarda me déculotter devant le lavabo, le remplir d'eau chaude et savonner la culotte. "Ne lésine pas sur le savon, et frotte bien surtout !" Je me sentais vraiment mal. Et terriblement excité. Je croisais mon reflet dans la glace et mon trouble s'accentuait. "Je t'imagine très bien le faire maintenant. Tu dois être mignon chaque soir devant ta glace…" J'avais parfois envie qu'elle se taise. Deux pinces, et la culotte accrochée au mur séchait au-dessus de la baignoire. Elle inspecta le tissu. Attentivement.
" — Recommence.
— Tu ne crois pas que tu exagères un peu ?
— Je m'en vais, c'est ça ?
— Non, reste. Pardonne-moi." Et j'ai recommencé, sans réfléchir. À peine avais-je repris le savon en main qu'elle changea de pièce, préférant m'attendre au salon où je revins seulement vêtu de mon tee-shirt. Sans occupation, je prenais plus facilement conscience de la gène que j'éprouvais à me balader le sexe à l'air devant Isabelle. Je ne me souviens plus à quel moment l'idée d'aller dormir fut suggérée, je me souviens par contre de ce qu'elle me déclara alors. "Tu ne crois pas tout de même pas que je vais te laisser partager mon lit comme ça…" commenta-t-elle. Je suggérai de prendre le canapé, elle refusa. Je lui demandai si je pouvais mettre caleçon, elle refusa aussi. "Tu peux mettre quelque chose" glissa-t-elle malicieusement en se levant. Elle revint dans la chambre, j'avais déjà demandé "quoi ?" lorsqu'elle me tendit ce quelque chose. Ce n'était pas une culotte haute de couleur blanche qui pendait au bout de ses doigts, mais une étoffe rouge, plus fine et moins importante. Il y eut un silence après que je l'ai prise entre mes mains, je me retournai pour l'enfiler comprenant le ridicule de ma situation lorsque le satin glissa entre mes fesses. Le string narguait mes hanches libres en épousant tendrement ma taille et justement mes parties génitales. "Enlève ton tee-shirt et retourne-toi" commanda-t-elle. Je me sentais plus que nu. Plus que bête. Plus qu'excité aussi. "Le but n'est pas de t'emprisonner, mais de te rappeler sans cesse cette présence, ma présence" son commentaire était clair. Son précédent présent n'était pas qu'une vengeance d'un soir ou de quelques uns. Ce n'était pas non plus une vengeance. Quoique… Lorsque je l'ai rejointe sous la couette, elle signifia l'envie de me voir dormir ainsi chaque fois où elle serait là : nu avec son cadeau pour unique vêtement. Je commençais à somnoler lorsqu'elle renoua le monologue. Je sentais son visage dans mon cou, son ventre dans mon dos, ses jambes nichées derrière les miennes, un bras autour de ma taille et l'autre sur l'oreiller. Sa main sur mon ventre jouait avec ma bouée et sa voix susurrait : "tu vas pouvoir te tripoter avec ce joli string de nana… n'est-ce pas ?", j'essaya de prendre sa main comme pour me rassurer. "Tu aimes te tripoter, hein ?" me déstabilisa vraiment. Je ne comprenais plus où et avec qui je me trouvais. "Tripotes-toi", ces mots, Isabelle les répéta sans cesse jusqu'à ce qu'elle sente ma résignation. En glissant ma main sous le satin, j'avais abandonné une autre part de moi-même. Presque mécaniquement, sans parvenir à oublier ce qui m'arrivait, en remettant sans cesse mon sexe sous le satin, je me masturbais lentement en sentant son souffle sur ma nuque et sa main sur une fesse. "Pourquoi tu arrêtes ?" me demanda-t-elle la voix pleine d'excitation ? J'avais joui et je le lui dis. Elle me répondit avec ce ton ironique qui lui allait si bien "tu es un vrai mec toi…" ; les moments qui suivirent furent les plus délicats de cette période. Le plaisir passé, je me sentais grotesque avec ce string poisseux pour pyjama, cette femme tant désirée se caressant dans mon dos et des images dérangeantes plein la tête. Ce qui me surprit au réveil, c'est la clarté de mes pensées. Comme si je n'avais pas dormi. J'étais anormalement excité — physiquement comme tout mec mais aussi mentalement — et une seule idée mobilisait mon esprit : la sensation produite par le satin entre mes fesses partiellement séparées par ce dernier. Je pris soin de ne pas la réveiller, de me préparer en silence et de lui laisser un petit mot avec un petit-déjeuner aux trois-quarts prêt.

Dans la matinée, ma secrétaire vint me prévenir qu'Isabelle attendait à l'accueil. Je la fis monter, et dès que j'eus refermé la porte du bureau, elle reprit son ton autoritaire. "Tu as oublié ça ce matin !" me lança-t-elle en posant sur le bureau ma culotte blanche.
" — Isabelle, je crois qu'il faut se montrer raisonnable…
— Je veux que tu la mettes !"
Voici le point de départ d'une discussion — la première de ce type — qui traduisait l'évolution intervenue dans notre étrange couple. Je ne pouvais accepter que ce désir — apparemment — mutuel ne déborde sur mon activité professionnelle, et, je dois dire, fut assez brillant pour qu'elle accepte de fixer une limite au jeu. En était-ce un ? Quoi qu'il en soit, depuis ce matin là, je savais que j'étais l'objet d'une relation hors norme où j'adoptais profil bas. Et c'est bien cette attitude qui me permit d'obtenir d'Isabelle qu'elle reparte la culotte au fond du sac à main.

Auteur:Inconnu