Bénédicte 5

- UN DÉFI PERPÉTUEL

Je l'avais envoyée au lycée sans culotte ? Ana voulait me le faire payer et je reconnais qu'elle savait déjà le faire à l'époque.

Tout d'abord, elle prit un malin plaisir à vider le tiroir où je range mes culottes. Après son passage, il ne m'en restait presque plus. Les toutes simples, elle les a tout bonnement jetées. Elle sépara les autres en deux genres : celles qu'elle trouvait jolies (le satin en particulier) et celles que je pouvais porter à cette période.

Qu'avaient-elles de spécial ? Rien, à l'exception d'un petit détail : elles étaient transparentes dans leur totalité ou au moins au niveau du pubis. Dans cette sélection, elle m'a confisqué les couleurs vives ou sombres pour ne me laisser que le blanc, le gris clair, le jaune et le vert pastel. Même pas de quoi tenir une semaine sans lessive ! Je n'avais plus que cinq culottes (il y avait deux blanches) puisqu'Ana emmena toutes les autres chez elle, enfin, chez son père.

"Ne t'avise pas de mettre autre chose qu'une jupe très courte" m'avait-elle prévenue le soir avant de me quitter.
Le lendemain matin, je n'arrêtais pas de penser à elle en me voyant dans le miroir. Je veillais à ce que la jupe ne soit pas trop courte, mais je la savais assez peste pour se pointer en amphi rien que pour vérifier si je tenais le pari. Aussi, je ne pouvais pas tricher. J'étais juste réduite à espérer que personne n'allait repérer ma touffe rouge sous mon string gris.

Je me souviens l'avoir choisi parce que sous le gris, le rouge était moins vif, mais aussi parce que le gris attire moins le regard que le blanc ou le jaune. Pourtant, que ce soit dans le bus ou au café, j'avais l'impression que les gens ne faisait que regarder mon entrejambe.

Le lendemain, c'était encore plus difficile en raison de la blancheur de ma culotte. Et pour ne rien arranger, j'avais eu la faiblesse de dire à Ana que ce petit jeu m'amusait malgré tout. Et ne se contenta alors plus de mes petits défis d'amphi : en me rejoignant à la fin des cours, elle m'entraîna dans un institut de beauté des plus anonymes pour une épilation de jambes. Je n'en avais pas besoin mais elle insista tellement que j'ai eu un peu peur qu'elle lâche une vacherie en public. J'ai honte mais j'ai obéi. J'ai craqué et me suis retrouvée la jupe tombée dans la cabine, une femme qui aurait pu être ma mère en train d'étaler la cire sur ma peau, sans être en mesure de dissimuler efficacement la ridicule touffe rouge qui irradiait la blancheur transparente de mon slip.

Au sortir de l'institut, je me sentais mieux qu'en y rentrant. C'est normal. J'étais excitée. Et Ana allait m'aider à faire retomber cette tension, le temps d'un passage éclair à la maison.

Le samedi matin suivant, alors qu'elle avait abusé de la clémence du père pour découcher, Ana m'apprit à la dernière minute que j'avais rendez-vous chez un médecin. Elle avait pris rendez-vous à ma place uniquement pour me mettre en difficulté. "Là, tu vas tremper ton slip pour quelque chose" m'avait-elle glissé à l'oreille en dégrafant le soutien-gorge que je venais de mettre. Je ne sais pas vraiment pourquoi je n'ai pas dit "non". Sans doute parce que tout cela m'excitait un petit peu. Vraisemblablement aussi parce que je n'en avais pas le courage. C'est parce qu'Ana abusait de ma faiblesse que je me suis retrouvée sous le regard d'un docteur que ni elle ni moi ne connaissions. C'est étrange, mais j'avais l'impression que mon amie se trouvait dans la pièce alors qu'elle était restée fainéanter dans mes draps. Ses choix vestimentaires y étaient pour beaucoup. En me faisant mettre une robe aussi courte que moulante, Ana savait ce qu'elle faisait : en m'habillant ainsi pour une consultation prise pour "des douleurs abdominales", elle était sure de gagner son pari.

Je n'ai pas eu le choix : la robe s'enfilait et s'enlevait par la tête. Elle m'avait piégée : je devais montrer mes seins lourds et nus à un inconnu partagé entre l'incapacité d'en dégager l'œil et l'envie de regarder plus attentivement mon string blanc transparent et l'étonnante toison rouge qu'il protégeait.

Je suis certaine qu'en palpant mon ventre, il a profité du spectacle de l'allumeuse allongée sur sa table d'examen. Je suis rentrée chez moi troublée, vraiment troublée. Retrouver Ana ne fut pas difficile. Au contraire, ce petit jeu nous avait mises en appétit. Un appétit mutuel pour des défis vraiment pas nets. Et de moins en moins réciproques puisque de cet épisode, Ana tira la conclusion irrévocable que je ne devais plus porter de soutien-gorge jusqu'à ce qu'elle change d'avis. "Ça t'excite trop…"

Auteur:Inconnu