Bénédicte 1

- LE PACTE

Nous étions amantes depuis plus de trois mois lorsque l'idée est venue. Je crois que l'idée a surgi parce que vivre une relation homosexuelle est difficile à cet âge. Nous n'y étions pas préparées, si bien que nous ne connaissions pas de lieux adaptés à nous aimer. Notre terrain de jeu se limitait à l'appartement dont je disposais pour mes études virtuelles et à la maison de son père. Puisque nous ne pouvions nous aimer au grand jour et en public, la nécessité de satisfaire notre libido associée à nos goûts et au passé familial nous a entraîné sur une voie clandestine. J'ai toujours aimé le luxe, notamment en terme de vêtements. Ana, narcissique au point de s'observer tous les matins pendant un bon quart d'heure, Ana, disais-je, aimait que je sois la plus belle possible afin de satisfaire sa soif d'esthétisme. Alors, quand j'en avais assez d'être observée et conseillé sur mes attitudes ou mon allure, je prenais un malin plaisir à la confronter à la réalité charnelle de mon corps. Je la dominais physiquement et j'avais le réel avantage d'être plus expérimentée qu'elle. Pourtant, elle se rebellait sans cesse et savait avoir le dernier mot. C'est en nous affrontant pour des broutilles qu'elle et moi avons pu nous rendre compte du plaisir procuré par ce schéma.

Je suis blonde, elle est brune comme l'ébène. Mon buste ne passe jamais inaperçu, elle peut se passer de soutien-gorge. J'aime la caresse d'une culotte, Ana n'en porte presque jamais et préfère les pantalons moulants aux jupes que j'affectionne particulièrement. Nous sommes l'antithèse l'une de l'autre à l'exception de quelques détails Je ne la domine que de cinq centimètres, j'aime l'onctuosité de ses lèvres et nous avons toutes deux vécu une adolescence onaniste. Je me caressais sous l'il de mes amants pendant qu'elle jouissait grâce aux revues chipées à son père, avocat libidineux, père divorcé, fesseur refoulé. De ces lectures, Ana a conservé des images et des descriptions bien précises qui l'ont marquée et façonnée. De ces plaisirs solitaires, elle gardait l'envie de les retrouver en ma compagnie. Je ne savais rien ou presque. J'étais censée la dominer mais j'étais dépendante d'elle.

La première fois que je l'ai fessée, je lui demandais conseil à chaque claque ou presque ! Et quand j'ai voulu retenter l'expérience quelques jours après, elle m'a prévenue. "Pas question que je me laisse faire" avait-elle décidé. Tout ceci n'était qu'un jeu, mais un jeu qui allait me mener très loin le jeu a commencé lentement, sporadiquement, avant de brusquement s'accélérer sans perdre de vue la règle absolue de notre pacte.

Ce que je donne à Ana, Ana le rend deux fois plus intensément. Nous échangeons les rôles. Je domine Ana qui prend plaisir à recevoir ce que je lui inflige. Mais Ana me le fait payer en répliquant au moyen d'une force de frappe supérieure.

Ce pacte, ce jeu du chat et de la souris, c'est une chasse à cour où le chasseur est à son tour chassé par le gibier qu'il vient de blesser. C'est aussi beau que cruel. Comme notre histoire.

Auteur:Inconnu