Plaisir d'orties
avec photos
Parodie de Molière en 126 vers et un acte.
Une rencontre fortuite entre un manant et une dame du monde tourne à l’échauffourée burlesque.
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PIÈCE EN UN ACTE
( RENOUVELABLE )
Personnages,
seulement nommés par leur apparence :
Coquette : Au XVIIè siècle, jeune fille charmante et cultivée, brillante dans les salons,
aimant à séduire les hommes pour mieux les éconduire ou bien les dominer.
Pied-plat : Gueux, miséreux, homme du peuple ( par opposition aux mondains
qui portaient des chaussures à talon et ruban )
SITUATION :
La scène se passe aux abords d’un chemin bucolique,
promenade occasionnelle des dames du monde.
pied-plat ( stupéfait )
Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ? (1)
coquette ( courroucée )
Comment donc osez-vous
M’offusquer de la sorte, faire des miaous
Sournois et incongrus à mon vertueux passage
Et ne respectez point qu’en vos bas marécages
La dame que je suis fit l’honneur de ses pas ?!
pied-plat
Mérité-je leçon ?!…
coquette
Manant, et le trépas !
Savez-vous, dans le monde où ma caste s’illustre,
Comme on lave l’injure et l’on traite le rustre ?…
Je vous le montrerai à vos tristes dépens
Et vous m’implorerez d’accepter vos repens !
Allongez-vous dans l’herbe et n’y bougez d’un angle
Que je me rue sur vous et, là, vous y étrangle !
pied-plat
Que diantre, gente dame !…
coquette
Ah! Ne discutez pas.
Faites donc, je vous prie, et pas de contre-pas
Ou je vous passerai l’envie d’autre manière
Dont vous ne soupçonnez la haine rancunière !
pied-plat
Mais…
coquette
Je vous en dirai, moi, des susurrements !
pied-plat
Par piti…
coquette
Eh, tiens ! Gardez là vos boniments !
pied-plat
Madame, je vous jur…
coquette
N’ajoutez donc mensonge
À votre vil dessein que dans vos sombres songes
Vous projetiez en vain !
pied-plat
Parbleu, quel attentat !
Loin de moi telle idée : je parlais à mon chat
Et n’aurais pas osé…
coquette
Taisez votre insolence !
Et exécutez-vous ! Que votre pénitence
À ma réputation répare d’un aveu
L’ignominieux affront.
pied-plat
J’en perdrais les cheveux,
Dame, si le Démon m’eut embrouillé la langue
Et fait dire juron…
coquette
Vous l’avez dit ! Je tangue
Sous l’effet de vos mots infâmes et outrageants.
Me croyiez-vous idiote et sourde, au demeurant ?
Va ! Je l’ai discerné, cet horrible verbiage
Qu’à l’instant vous disiez d’un souffle et sans ambages.
Vous m’avez heurtée, injuriée, mal nommée !
Ah! si j’en suis plus vive à me vouloir venger,
C’est que mon ouïe subtile, au terme de « coquette »,
En a perçu la rime au son bien malhonnête !…
pied-plat
Oh! Madame ! Jamais, mon chat sera témoin,
Je n’osais prononcer d’autres mots à vos soins
Que ceux d’admirateur éperdu de vos charmes…
coquette
Il suffit ! Couchez-vous !
pied-plat
Je vous supplie de larmes…
coquette
Ah! C’est trop !!
pied-plat
Mais je suis…
coquette
À mes pieds, mirliflor !!
Ou je vous griffe et gifle et vous fais pis encor !
pied-plat ( s’agenouillant )
Ah! Dame, ne fâchez votre humeur davantage :
Me voici à genoux, et deviens votre otage.
S’il vous plaît, pardonnez que ma langue ait fourché,
Mais de grâce ! Ne me voyez point débauché…
coquette
Je ne vous croirai pieux que lorsque votre audace
Rampera sur le dos afin que je l’enlace
De mes cuisses et mon poids !… Ainsi mon prisonnier,
La gorge entre mes mains que vous ne m’échappiez,
Vous me soulagerez du fardeau de vos dires
Et me ferez l’honneur de mieux, là, vous maudire.
À plat dos, vil félon, votre place est en bas !
Que je hurle au satyre et, pour vous, c’est le glas !…
pied-plat
Ah! J’en souffre déjà ! Vous voilà si cruelle
Alors que d’innocence je vous trouvais belle
Et tellement hautaine que j’en bégayais :
Ce fut à mon félin quelque sonnet douillet
Sans penser à malheur ni mauvaise charade.
Je n’étais que l’amant qui préparait l’aubade…
Me voilà sous vos pieds !…
coquette
Ah! Je saute sur vous !
pied-plat ( piétiné )
Goumpf !!
coquette ( assassine )
Est-ce bon ?!
pied-plat ( rubicond )
Il faudrait ?
coquette ( soudain chevauchante )
Certes et rendez-vous
Après que je vous ai de mes mains vengeresses
Étranglé tant soit peu et non fait des caresses !
pied-plat
Argh !… Heune Huis Hespirer…
coquette
Je l’espère !!
pied-plat
Hitié !…
coquette
Ça, jamais !
pied-plat
Heurgh…
coquette
Râlez !
pied-plat
Gllh !
coquette
Foi d’inimitié,
Quel plaisir est le mien que de vous voir absoudre !
Et quelle autre jouissance avec vous d’en découdre !
Oh! Je vous jugule et tue !!
pied-plat
Glllh !
coquette
Priez pour vous !!!
pied-plat
Hgnn…
coquette ( appuyant chaque accent tonique )
Et croyez bien encor que je me dévoue
À ne point publier vos pratiques douteuses
Au su de la contrée qui n’en serait qu’heureuse
De vous faire payer plus cher un tel affront !…
Estimez-vous content qu’enfin, à votre front,
Ne se posent mes fesses et qu’en soit votre face
Écrasée sous leur masse à titre de préface !
pied-plat
Hnllh…
coquette
Ah! je m’essouffle…
pied-plat
Ouf!
coquette
…à… serrer sans… arrêt…
pied-plat
Fiouuh…
coquette
Croyez bien que cela m’émeut de regret :
Je vous lâche, minable, et jouis de vos déboires…
À défaut que la mort, de vous, ne crie victoire.
pied-plat ( toussant )
“Thouss !…”
coquette ( très essoufflée )
…les mêmes, certes, ça, vous le confessez !…
Mais… avouez donc encor combien y sont passés…
Au supplice des dames, en ce lieu de licence
Où tous ces mécréants semblent tenter leur chance
À souffler des « mots doux » près de leur animal ?…
pied-plat
Oh! “Thouss !…”
coquette
Malotrus !!
pied-plat
Pas du “Thouss !…”, je…
coquette
Vils chacals !!
Je vous gifle et me lève, et ne saurais entendre
Encore davantage de vous, qu’à tout prendre,
Je fus mieux inspirée d’étouffer sans sursis
Afin que nul pervers n’exulte à vos récits !
pied-plat ( giflé )
Mais, Maîtress…
coquette
Ce me sont de mortelles blessures
De voir qu’avec le vice on garde des mesures,
Et parfois il me prend des mouvements soudains
De fuir dans un désert l’approche des vilains. (2)
pied-plat
Vous partez ?…
coquette
Il me plaît.
pied-plat
Dites au moins sans bourrade
Comme on vous doit nommer ?…
coquette
L’on m’appelle Algarade
Mais je ne vous permets de proférer mon nom
— Malpoli ! — dont vous saliriez bas le renom !
Vous auriez, je le crois, fort bien meilleure grâce
À m’oublier, vous taire, et courir la putasse.
pied-plat
Il est vrai : ma raison me le dit chaque jour ; (3)
Mais la raison n’est pas ce qui règle l’amour. (3)
coquette
Impudent !… Vous avouez ?! Fut-ce là donc un piège,
Que de me provoquer à vous piler du siège ?!
pied-plat
Ça! Que non ! Oh! Jamais ! Fût-il un beau parti,
Je ne fis que plier à vos mots, sapristi !
Quoique… d’être étranglé, pour en goûter l’assise…
Valait, je reconnais, quelque part la méprise.
coquette
Au violeur ! Scélérat ! Je vous croyais loyal !
Vous n’êtes qu’un goujat, calculateur en mal !
pied-plat ( s’enfuyant )
Mais, c’était compliment…
coquette ( poursuivant Pied-Plat )
Voyez-vous !! Il m’encense
Encore en s’enfuyant !
pied-plat
C’est vous qui, sans dispense,
Accourez à mes trousses et me faites frémir,
— Sans compter vos attraits — quant à mon devenir !
Certes j’aurais sans doute apprécié que vos fesses
À ma face dévouée s’apposent et me compressent,
Mais au plaisir furtif de vous être soumis
Se heurte la question de mes jours et mes nuits,
Car je crains que surgisse en votre haine ou rage
L’idée, sous la torture, à m’imposer mariage…
Souffrez que je vous fuie ! Passe encore étranglé,
Mais condamné à vie…
coquette
Espèce d’empalé !!
pied-plat
Je fus comblé à moins…
coquette
Fi de vos conjectures !
Attendez que je vienne et vous brise, parjure !
Mais ne présumez pas que, sans être vengée, (4)
Je souffre le dépit de me voir outragée. (4)
Pardon à Molière, Le Misanthrope :
(1) Acte I, scène 1, 1
(2) Acte I, scène 1, 141-144
(3) Acte I, scène 1, 247-248
(4) Acte IV scène 3, 1295-1296
Auteur:Crabou








