Annie (3)

retour de vacances

A chaque retour de vacances c'est cette même odeur qui me monte à la tête et que l'on oublie tellement nous y sommes habitués : Paris est empuanti par les gaz d'échappement des voitures. Mais bon; C'est quand même notre Paris dont nous ne saurions nous passer bien longtemps. 
Régine retrouva son atelier d'art où elle restaure et redore, pour le compte des musées et des collections particulières, des cadres anciens. 
Moi - je ne sais pas si je vous l'ai dit - j'avoue me complaire assez dans ma nouvelle fonction de retraité. Car bien que camarades de promotion à l'Ecole des Mines, Xavier et moi avons suivi des parcours très différents. Après une brillante carrière dans deux prestigieuses multinationales, au lieu de se reposer sur ses lauriers il est entré comme associé dans un gros cabinet d'ingenieurs-conseils. La société pour laquelle je travaillais s'est fait, comme bien d'autres, absorber par plus fort qu'elle et la nouvelle direction a doucement mais sûrement dirigé 
l'ancienne équipe vers la retraite anticipée. Mes années d'Algérie comptaient double. On m'a proposé une confortable prime de licenciement que j'ai acceptée. 
Nous avons dîné chez Annie et Xavier, dans le duplex avec terrasse qu'ils occupent sur les hauteurs de Saint-Cloud. Ni théâtre, ni scène, ni numéro de claquettes, ce qui est plutôt mauvais signe : quand la petite Annie est trop calme ça veut dire qu'elle ne va pas bien. Xavier était notre Xavier habituel, tout fier 
de nous faire goûter un caviar introuvable ailleurs que chez lui : "C'est un ayatollah qui le sort d'Iran planqué dans les replis de son caftan, tu te rends compte?" 

Ingrid n'avait pas encore repris ses cours à la fac et, entre aller chercher les enfants à l'école, les faire goûter et leur donner leur bain, elle travaillait à sa thèse sur l'évolution de l'écriture cunéiforme en Assyrie entre les règnes de Sennachérib et d'Assur-bani-pal. 
"Annie n'a pas l'air dans son assiette", lui ai-je glissé entre deux portes. 
La Suédoise avait haussé les épaules : "Tu sais bien comment elle fonctionne." 
Et Ingrid avait fait un large geste ondulant imitant des montagnes russes. 
Nous en étions restés, Régine et moi, à notre explication initiale, et nous avions décidé de ne pas forcer les événements : si, comme cela paraissait probable, Annie avait peur des pulsions qu'elle sentait monter en elle, la brusquer n'aurait servi qu'à la faire rentrer davantage dans sa coquille. Régine était allée avec elle à un vernissage. 
"Pas un mot. Rien." 
"Elle a été aimable avec toi?" lui avais-je demandé. 
"Oui. Mais distante. Comme secrète. Pas du tout la Annie parlant à tort et à travers et allant raconter à la cour et à la ville comment elle se purge quand elle est constipée." 
"Toi tu ne lui as rien dit?" 
Bien sûr que non. Tu sais bien ce que nous avons décidé. Si elle n'a pas envie d'entrer dans nos jeux, il ne faut pas insister. Attendons la suite;" 
"Vous vous êtes quittées tout de suite après le vernissage?" 
"Non. On a pris le thé avenue Victor Hugo. Elle m'a parlé de la Vierge Marie." 
"De la Vierge Marie!" 
"Oui. Elle m'a demandé si je croyais en ses apparitions." 
"Qu'est-ce que tu lui as répondu?" 
"Je lui ai dit que oui. Ca a eu l'air de la soulager." 
Annie traverserait-elle une crise de mysticisme? Ce serait assez son genre. Peut-être culpabilisait-elle sur sa sexualité? Car manifestement elle avait éprouvé une violente bouffée passionnelle lors du châtiment de Régine au bord du torrent. 
En aurait-elle des remords? Serait-elle aller confesser ses péchés à un prêtre? Hypothèses plausibles mais non vérifiables puisqu'elle ne se confiait à personne, à son mari moins qu'à quiconque. 
Comme avait dit ma copine : "Attendons la suite." 
Par un dimanche ensoleillé nous sommes allés aux Puces où, chez un fripier spécialisé dans les tenues rétro, Régine a acheté un immense tablier à faire pâlir d'envie une servante de l'époque héroïque. Pour l'étrenner nous avons invité à dîner Mildred et Jean-Luc. 
"Oh! que c'est ravissant!" s'exclama Mildred. Elle prit ma copine par la main, la fit tourner pour l'examiner de face, de côté et de dos. "How cute! Tu es à croquer, Régine; Où as-tu dégoté ce tablier? J'en voudrais un pareil." Elle se pencha comme pour faire une confidence et chuchota : "Si j'étais Jean-François ça me 
donnerait envie de te fesser." 
"Veux-tu arrêter de dire des horreurs", gronda Régine d'un air faussement indigné. 
Mildred battit des mains et regarda ma compagne en pouffant de rire : 
"Qu'est-ce qu'il y a d'horrible à ça? Quand je me suis mariée je ne savais faire que des oeufs à la coque. Et encore je les servais crus ou trop cuits. Devine comment Jean-Luc a fait de moi un cordon bleu?" 
Nous nous étions connus dans un hôtel d'Honfleur, dans des circonstances dignes d'être relatées. Lorsqu'une grande marée particulièrement importante est annoncée, aux périodes d'équinoxe, nous aimons, Régine et moi, aller assister au mascaret : ce choc entre le courant de la Seine et la marée montante peut-être, certaines années, extrêmement spectaculaire à l'endroit où l'estuaire se resserre, formant goulet d'entonnoir. Les amateurs sont d'ailleurs nombreux et les bons hôtels de la région ont leurs chambres retenues plusieurs semaines à 
l'avance. 
Ce couple était arrivé avant nous. Disons la quarantaine pour les rajeunir de quelques années. Leur chambre au 1erétage était voisine de la nôtre. Nous avions remarqué que la femme, une blonde enjouée, très souriante et volubile, s'exprimait avec un assez fort accent anglo-saxon. Une amusante fossette au milieu du menton lui donnait, quand elle riait, des expressions de gamine espiègle. L'homme, veste de tweed, foulard de soie, pantalon de flanelle au pli militaire, était Français. Tous les deux portaient une alliance. 
Nous apprîmes qu'ils étaient venus eux aussi pour le mascaret. 
"Anglaise?" me demanda Régine. 
"Je pencherais plutôt pour une Américaine." 
"Elle te plaît?" 
"Ma foi; plutôt bandante, non?" 
Je dus vite me sauver en abritant ma tête sous mes bras repliés pour me protéger de Régine qui me poursuivait en m'assénant des gifles. 
Après dîner ils restèrent un moment au salon, devant la haute cheminée normande où crépitait un bon feu, elle avec un cocktail, lui buvant une bière artisanale sur lie qu'on lui servit dans une bouteille encapsulée de faïence blanche, avec détendeur, à la manière des boissons gazeuses d'autrefois. Il avait l'air maussade, renfrogné. Elle, plus du tout enjouée ni souriante, l'agressait à voix basse et les choses qu'elle lui disait ne devaient sûrement pas être des amabilités. Ne voulant pas paraître indiscrets, nous leur avons dit bonsoir et nous sommes montés. De 
toute façon il n'y avait qu'un feuilleton insipide à la télé et nous avions, ma copine et moi, des choses nettement plus intéressantes à faire au lit. 
Nous venions juste de nous coucher quand des pas retentirent dans le couloir et leur clé ouvrit la chambre voisine. Lui de disait rien. Mais sa femme chuchotait à toute vitesse, en anglais me sembla-t-il. Je ne saurais toutefois l'affirmer car elle parlait trop bas pour qu'on puisse comprendre son discours. Une évidence 
s'imposait, que Régine résuma par : "Il y a de l'eau dans le gaz." 
"Ca m'en a tout l'air;" 
"Dommage", murmura ma copine en faisant la moue. 
"Qu'ils se disputent? Montre-moi un couple à qui ça n'arrive jamais." 
"Qu'ils se disputent je m'en fous. Seulement ils vont dormir à l'auberge du cul tourné. Et tu sais bien, mon chéri;" Elle colla son corps contre le mien et me regarda, les yeux brillants : "; tu sais bien que, à l'hôtel, j'aime entendre 
les gens faire l'amour dans la chambre à côté. Disons que ça fait partie de mes pêchés mignons." 
A peine avait-elle prononcé ces mots que le bruit d'une fessée crépita derrière la mince cloison. 
Régine se redressa sur son oreiller comme si un serpent l'avait piquée. D'abord ce ne fut qu'une série de claques, peut-être huit ou dix, administrées sans hâte, un espace de plusieurs secondes séparant chaque gifle. Puis la fessée s'accéléra, et bientôt nous pûmes percevoir les gémissements, les suppliques étouffées de la 
femme qui, certainement, faisait appel à tout son contrôle pour ne pas crier. A un moment de la correction sa voix changea complètement de tonalité. Je supposai qu'elle mordait un bout du drap ou l'oreiller. 
Lorsque le châtiment prit fin - je dirai au bout d'une cinquantaine de claques - nous tendîmes l'oreille, vous devez vous en douter, espérant bénéficier aussi de la suite; 
Désappointement et frustration sur le visage de Régine. Il n'y eut pas de suite. La chambre voisine resta plongée dans le silence. La blonde avait vraiment reçu une fessée punitive. 
"Elle a la tête à ça", me souffla Régine en relevant sa chemise de nuit. 
"A quoi le vois-tu?" 
"Tout son comportement le dit. Elle est mariée à un homme autoritaire, il n'y a qu'à les voir ensemble pour s'en rendre compte. Et quand elle l'asticote, le harcèle, elle fait tout bonnement de la provocation pour s'attirer la correction conjugale. Beaucoup de femmes font ça." 
"Par exemple une certaine Régine?" 
"Non mais pour qui me prends-tu?" s'exclama ma copine en se tournant pour me présenter ses fesses. 
Le lendemain matin ils étaient attablés au petit déjeuner quand nous sommes descendus. Nous nous sommes salués d'un signe de tête, la blonde piquant un fard et baissant le nez dans son jus d'orange. Son mari, par contre, paraissait tout guilleret et satisfait. La table voisine étant libre, nous y prîmes place. La femme finit par nous adresser un sourire gêné. Elle alluma une cigarette, manifestement pour se donner une contenance car elle la tenait comme un crayon entre ses ongles laqués et la pointait en avant sans la fumer. 
"D'où allez-vous observer le mascaret?" nous demanda l'homme qui s'était équipé comme pour une expédition au Spitzberg. 
"De la Pointe de la Roque", lui répondis-je. "Il y aura du monde mais c'est le meilleur endroit sur l'estuaire. Le tout est de s'y poster à l'avance pour être dans les premiers rangs." 
Nous apprîmes qu'ils venaient ici pour la première fois. 
"Venez donc avec nous", proposa Régine. 
Et elle regarda notre voisine d'un de ces airs que sait prendre ma copine quand elle veut embarrasser une femme et la mettre dans ses petits souliers. En bonne position sur le promontoire en terrasse de la Pointe de la Roque, bien en avance sur l'horaire des marées, nous avons eu amplement le temps de faire connaissance et de bavarder. Elle s'appelait Mildred, lui Jean-Luc. Il avait un magasin de prêt-à-porter masculin non loin des Champs-Elysées. Ils habitaient le Marais. Originaire du Missouri, Mildred était venue à Paris comme styliste de 
mode. Ils étaient mariés depuis huit ans. Mildred avait un fils et une fille d'un précédent mariage, tous deux adultes et vivant aux Etats-Unis. Motus et bouche cousue, bien évidemment, sur ce que nous avions entendu la veille au soir à travers la cloison. Mildred fut enthousiasmée par le mascaret. 
"Bof;" grommela Jean-Luc. "J'ai vu mieux en Amazonie. Et là-bas ça grouille de piranhas. Une vache tombe à l'eau, deux minutes, cric-crac, plus qu'un squelette." 
Ils avaient visité le monde entier. Ou plus exactement la face du monde que voient les participants des voyages organisés de luxe. Nous avons vite repéré que Jean-Luc adorait se faire passer pour un baroudeur et ne ratait aucune occasion de glisser dans la conversation des références aux terres lointaines, si possible 
peuplées d'anthropophages. 
"Tu les trouves sympa?" me demanda Régine le soir. 
"Assez, oui. Et j'ai l'impression qu'ils partagent nos goûts pour;" 
"; Les rondeurs callipyges qui ornent l'envers des dames?" 
"Ca peut se dire comme ça." 
"Dis donc;" 
D'un geste du pouce ma compagne me désigna la cloison séparant notre chambre de celle de Mildred et Jean-Luc : "Allez! On leur rend la pareille dès qu'ils arrivent." 
Quand ils sont montés, leurs voix et le bruit de la serrure nous prévenant, nous avons laissé écouler une dizaine de minutes. Puis Régine s'est mise en position au milieu du lit, à genoux, jupe retroussée, culotte en-bas des cuisses : 
"Donnons-leur un beau concert. N'aies pas peur de jouer du tambour là où ça résonne." 
Le concert en question dut être réussi car, au petit déjeuner du lendemain, Mildred et Jean-Luc nous accueillirent par des transports d'amabilité. Et cette fois, au lieu de rougir et de faire sa penaude, la blonde éclata de rire en nous regardant. 
Voilà comment nous sommes devenus amis. 
Mildred a un joli coup de crayon, elle vend ses dessins de mode aux agences de presse. Elle dessina Régine avec son nouveau tablier, de face et de dos. Et quand à force de se dandiner, de faire du genre et d'aguicher Jean-Luc, ma copine renversa de la sauce sur la nappe et se fit corriger pour sa peine, Mildred 
fit un croquis d'elle en train de recevoir la fessée conjugale. 
"Ma grand-mère portait de ces tabliers-là", nous apprit-elle avec son accent chantant. "J'allais en vacances chez mes grands parents, dans le comté d'Ozark. C'est une région de montagnes sauvages au sud du Missouri, à cheval sur l'Arkansas. Mes grands parents étaient gentils, aimants, mais stricts et ne badinant pas avec la discipline. Tant que nous étions bien sages et obéissants, tout allait bien. Mais à la moindre faute c'était la badine de noyer sur les fesses; the hickory switch; Bon dieu ce que cette maudite baguette pouvait faire mal!; My God!; Ca vous sabrait les fesses, on avait l'impression que la peau allait éclater; Après une switchée j'avais de gros bourrelets violets pendant plusieurs jours. Impossible d'aller à la baignade. Avec la chaleur qu'il fait là-bas je ne vous dis pas!" 
Ayant grandi avec un frère et deux soeurs sur un ranch dans les années '6O - son père élevait des chevaux et participait à des rodeos - elle nous donna une foule de renseignements sur l'éducation en milieu rural dans le sud des Etats-Unis. Au temps de sa jeunesse tous les enfants étaient fouettés, parfois jusqu'à un âge avancé. Sa mère avait reçu la strappe à dix-huit ans pour être sortie avec un garçon qu'on lui avait défendu de fréquenter. Dans beaucoup de familles les filles étaient passibles du fouet aussi longtemps qu'elles vivaient sous le toit des 
parents. Bien sûr les demoiselles d'âge à marier le recevaient rarement, mais toutes savaient qu'elles pouvaient être fessées en cas de faute sérieuse. Tout le monde trouvait cela normal. A la suite d'un événement grave qui avait secoué la communauté - la fugue d'une gamine de seize ans qui avait été ramenée dans une voiture de police - elle se souvenait avoir entendu le pasteur baptiste, un dimanche matin au culte, prêcher la sévérité dans l'éducation et exhorter les parents à donner plus souvent le fouet. Mildred et ses soeurs étaient châtiées par leur mère qui employait surtout la brosse à cheveux, parfois une règle plate ou, à la cuisine, la pelle à tarte. En 
ce qui la concernait, elle avait reçu sa dernière fessée à seize ans, au lit. Mais sa soeur aînée, Jo Ann, avait écopé d'une terrible correction à la brosse dans sa dix-huitième année, pour avoir défié ses parents en rentrant délibérément à une heure du matin alors que, raisonnablement, on demandait aux grandes d'être rentrées pour onze heures. Dès qu'elle vit la lumière allumée elle comprit la réception qu'on lui préparait. Effectivement, Papa et Maman l'attendaient au salon, 
"Mom" jouant négligemment avec une brosse de la dimension d'une raquette de ping-pong; 
Toute la maisonnée avait été réveillée par les hurlements de Jo Ann. 
Sur les châtiments scolaires, Mildred nous dit que, à son époque, les maîtresses d'école n'avaient déjà plus le droit d'employer un instrument : le paddle ou la strappe, traditionnellement suspendus sur un côté du bureau de l'institutrice, appartenaient au passé. Par contre il n'était pas rare que la maîtresse fasse rester après la classe une élève indisciplinée pour la coucher sur ses genoux et lui administrer une cuisante fessée manuelle. 
"C'est ça qu'il faudrait aux mômes d'aujourd'hui", commenta Jean-Luc. 
"Impolitesse envers le prof. Retenu après la classe. Une bonne fessée. Cric-crac. Sage pour un mois." 
"Mildred?", lui demandai-je. "Raconte-nous ta première fessée de femme mariée. Etait-ce avec ton premier mari ou avec Jean-Luc?" 
"Avec Jean-Luc, mon premier mari ne donnait pas de fessées. S'il l'avait fait je serais probablement toujours avec lui... Enfin, ne remâchons pas le passé. Oui, c'est à Jean-Luc que je dois ma première fessée de femme adulte. A trente-cinq ans révolus, imaginez un peu! For goodness'sake, se faire déculotter et fouetter comme une gamine à trente-cinq ans... J'ai cru en mourir de honte. Surtout dans les conditions où ça s'est produit! C'était pendant un voyage en Turquie. On nous avait prévenus des dangers que court une femme seule, plus particulièrement une Occidentale, si elle s'aventure dans les quartiers mal famés du port. Moi j'adore le risque. J'avais toujours été très indépendante, n'en faisant qu'à ma tête. Probablement aussi, quelque part au fond de moi, je souhaitais secrètement créer un incident qui rendrait mon nouvel époux jaloux... peut-être le mettre en 
colère pour voir comment il réagirait. Après déjeuner je lui ai dit que j'allais faire du shopping dans les boutiques duty free pour touristes. En fait j'ai sauté dans un taxi et je me suis fait conduire au port. Déjà le chauffeur de taxi me zyeutait dans le rétroviseur en tirant une langue longue comme ça et essayait de regarder 
sous ma robe... ça commençait bien! Je me souviens d'un bar, une musique beuglante envahissait la ruelle... Des hommes sont sortis, des marlous, des dockers, je ne sais pas... en tout cas des types avec des mines patibulaires. J'ai hurlé. L'un me clouait les bras derrière le dos. Un autre relevait ma robe. Un autre exhibait un sexe énorme. Des coups de sifflets. Des pas de course. Jean-Luc! hurlai-je en me jetant dans les bras de mon mari. Cinq ou six policiers nous entouraient et discutaient en gesticulant. Je vis qu'on traînait un de mes 
agresseurs menotté et qu'on l'enfournait dans le car. Ce qui s'était passé, c'est que le chasseur de notre hôtel m'avait entendue demander au chauffeur de taxi de me conduire au port. Sachant que je courais un réel danger, il avait alerté la police et prévenu Jean-Luc." Mildred nous regarda en riant. "J'étais sauvée du 
viol. Mais pas de la fessée!" 
"Tu l'as reçue en rentrant à votre hôtel?" demanda Régine. 
Mildred se mit à geindre comme une toute petite fille en tortillant l'ourlet de sa robe : "Tu parles! J'ai été fessée sur place. En pleine rue. Devant les flics turcs qui rigolaient et se rinçaient l'oeil. Fessée à tour de bras, cul nu, pendant un quart d'heure... enfin plusieurs minutes. Ils m'ont ramenée dans le car, en sanglots, une vraie loque. L'un des flics parlait un peu anglais. Il a félicité Jean-Luc, lui a dit que les femmes ont besoin d'une stricte discipline et que, vu mon comportement et mon caractère insubordonné, il lui faudrait certainement me donner souvent le fouet. Jean-Luc lui a répondu qu'il n'y manquerait pas, que désormais j'allais être soumise au régime des châtiments corporels régulièrement et systématiquement appliqués. J'en étais malade. A l'hôtel on devait être au courant de ma mésaventure car les grooms et les femmes de chambre chuchotaient entre eux et 
riaient en m'observant. Il faut dire que je ne faisais pas ma fière quand Jean-Luc m'a menée par le bras jusqu'à l'ascenseur." 
"Ce fut ta seule fessée publique?" 
"Non. J'en ai reçue une autre dans une boîte de nuit branchée aux Baléares, pour avoir flirté avec un Espagnol après avoir bu deux ou trois cocktails de trop. Mais celle-là je vous la raconterai une autre fois. Et toi, Régine, est-ce que ça t'est déjà arrivé de te ramasser;" 
La sonnerie du téléphone retentit : "Excusez-moi", dis-je à nos invités en posant ma serviette. Je me levai pour aller répondre. 
"Jean-François!" glapit Xavier au bout du fil. Sa voix trahissait l'affolement le plus complet. L'inquiétude me gagna aussitôt car mon vieux camarade est plutôt du style poisson froid. "Jean-François, est-ce que tu connais des Russes?" 
"Des Russes?" répétai-je, un peu abasourdi. 
"Oui. Des Russes pour Annie. Oh là là! si tu savais ce qu'il nous arrive, mon pauv'vieux. C'est pas vrai!" 
Il était au bord des larmes et ne pouvait que chevroter d'une pauvre petite voix pointue : "Ah! Mon pauv'vieux; Mon pauv'vieux; Mon pauv'vieux."

Auteur:inconnu