Annie (1b)

Chapitre 1 bis

"Les castors! On va voir les castors."
Les enfants surexcités et impatients s'élancèrent sur les rochers. Les sacs étaient à peine posés par terre qu'ils remontaient déjà le lit du torrent.
"Attendez!" leur cria Annie. "Je ne veux pas que vous alliez là-haut tout seuls."
"Ooh! Maman"
Grognant un peu et traînant les pieds, la turbulente petite troupe revint sur la grève de galets qui bordait la baignade. L'eau d'un vert émeraude laissait voir le fond où des poissons gris, guère plus longs que mon doigt, se poursuivaient et virevoltaient entre les herbes aquatiques. Il n'y avait personne à part nous. Durant la montée assez rude à travers un maquis de chênes-verts et de genévriers, nous n'avions croisé qu'une troupe de scouts qui redescendait.
"Pourquoi on peut pas aller voir les castors?" protesta Océane, boudeuse.
"On ne dit pas ON PEUT PAS", la reprit son père. "La phrase correcte est POURQUOI NE POUVONS-NOUS PAS aller voir les castors?"
Agenouillée au pied d'un arbre, Annie leva la tête pendant qu'elle déballait le contenu d'un sac à dos :
"Vous irez les voir. Mais pas tout seuls. Les rochers sont glissants. Il peut y avoir des serpents. Et si vous faites un raffut pareil vous ne verrez rien du tout, parce que les castors seront partis se cacher en vous entendant à un kilomètre."
Nous avions démarré la randonnée de bonne heure pour profiter de la fraîcheur matinale. Malgré quelques timides récriminations de la jeunesse, les adultes décidèrent de se baigner avant le déjeuner, et de remonter la rivière jusqu'au barrage dans l'après-midi. Ce qui fut fait. Pendant les ébats nautiques, Paulin s'entendit menacer d'une fessée par sa mère pour avoir poussé sa soeur sous une cascade. A peine eut-elle proférée sa menace qu'Annie glissa un coup d'oeil furtif dans ma direction. Elle surprit mon regard qui la fixait intensément. Elle eut beau détourner très vite la tête, j'eus le temps de voir la rougeur qui lui empourprait les joues et le front. Puis elle mit ses grosses lunettes fumées et s'absorba dans la contemplation d'une libellule, tantôt immobile, comme suspendue en plein vol, tantôt filant à ras de l'eau, trait de saphir rayant la surface du lac. Selon leur habitude, Erwin et Carole firent bande à part, allant se chercher un trou en amont pour barboter et s'étendre au soleil. Comme si quelque chose les poussait à toujours marquer leur différence. Est-ce un complexe d'infériorité vis à vis de gens qui ont mieux réussi qu'eux dans la vie? Est-ce une sorte de défi, une manière de nous signifier qu'ils n'appartiennent pas à notre monde?
Mon pauvre Bounique n'avait rien fichu en classe. Un beau jour il avait disparu sur la route de Katmandou et de la fumette. Ca avait duré quelques années : routard au Mexique, au Népal, en Indonésie Je l'avais connu coiffé à la mousquetaire, ses cheveux bouclés flottant sur ses frêles épaules. Puis tour à tour avec une longue queue de cheval retenue dans un peigne crasseux auquel il manquait trois dents, en rasta à la Bob Marley, en skinhead rasé Cette année il s'est fait le look d'un techno-punk. Sa copine, Carole, est une ancienne hippie plus âgée que lui. Ils se sont rencontrés dans une communauté plus ou moins bouddhiste en Ardèche. Xavier a cru bien faire en leur achetant une bergerie abandonnée dans l'espoir de les stabiliser. Effectivement, ils la retapent et arrivent à vivoter en vendant des produits biologiques sur les marchés. Les talus en friche derrière leur bergerie sont envahis de "prêles" qui, lorsqu'on les regarde de plus près, ressemblent fort à des pieds de cannabis. Ce qui me donne froid dans le dos, c'est de penser à la vieillesse de ces marginaux : une retraite famélique, ou pas de retraite du tout; une sécurité sociale réduite au strict minimum; la perspective de finir ses jours à l'hospice. Or Bounique a beau jouer au punk et fréquenter les rave-parties, il n'est plus un jeune homme. Et sa Carole approche des cinquante balais.
Les rapports difficiles que Xavier entretient avec son fils aîné sont une perpétuelle alternance de témoignages d'affection et de crises d'énervement, de tentatives de conciliation et de coups de gueule. Un jour Xavier m'avait confié d'un air ennuyé que Bounique et sa copine formaient un couple inversé, la Carole étant une inconditionnelle du godemiché.
.C'est vrai que le contraste est saisissant avec les enfants que Xavier a eus avec Annie. Ceux-là sont des rejetons bien typés de la bourgeoisie huppée, habillés comme on habille les enfants de la plaine Monceau, se tenant bien, prenant facilement des airs supérieurs, surveillés par la Suédoise au pair et élevés assez strictement par leurs parents qui caressent pour eux des rêves de réussite sociale et de "beaux mariages". Ces rêves se concrétiseront-ils? Seul l'avenir le dira.
"Qui monte au barrage?"
"Moi! Moi! Moi! Moi!" clama la marmaille d'une seule voix.
Carole ne parle jamais fort, on dirait qu'elle a du mal à sortir les mots de ses lèvres. Et ses yeux à fleur de visage n'arrivent pas à vous regarder en face: "Je vais plutôt faire une marche dans la montagne", murmura-t-elle en tortillant une mèche de cheveux entre ses doigts.
Erwin grogna son assentiment et la suivit, sa longue silhouette de héron déplumé émergeant des buissons rabougris.
Annie secoua négativement la tête et s'étira : "Moi je reste à ranger les affaires du déjeuner. Je me sens un peu lasse, je ferai une petite sieste à l'ombre en vous attendant."
"Moi aussi", enchaînai-je. "Ca doit être l'eau froide après la marche de ce matin. Je suis courbaturé de partout."
Je croisai le regard de Régine qui me fit un clin d'oeil.
Xavier se moqua de moi : "Qu'est-ce qui te prend, tu deviens vieux?"
"Ben je ne rajeunis pas."
"Toi mon p'tit père je te vois venir Je suis sûr que tu veux rester pour faire du gringue à ma femme."
"Alors nous serons quittes. Tu en feras de ton côté à Régine pendant que vous grimperez là-haut."
"Je les surveillerai!" s'exclama Ingrid en riant.
Chorus de la jeunesse : "Nous aussi! Nous aussi! Si tu essaies de draguer Régine on le dira à maman."
"Je serai sage", promit Xavier. "Quand nous rentrerons ce soir, je n'ai pas envie de me faire courser par Annie avec le rouleau à pâtisserie."
Sa femme le regarda fixement : "Et si c'était moi qui flirtais, qu'est-ce que tu me ferais?"
Mon Xavier resta un instant saisi, ne sachant quoi répondre. Il regarda son épouse lui aussi, mais comme s'il ne la voyait pas, comme s'il avait une autre femme devant lui, une femme qu'il connaissait vaguement de vue, sans pouvoir se souvenir qui elle était au juste ni où il l'avait rencontrée. Bien vite il se ressaisit et sa réponse posée, sentencieuse fut typique de lui :
"J'ai épousé une femme sérieuse. Et les femmes sérieuses ne flirtent pas, n'est-ce pas ma chère?"
"Tu as raison, mon chéri", répliqua Annie en examinant ses ongles.
Je ne pense pas qu'il ait remarqué la pointe d'ironie dans le ton de sa femme. La colonne s'éloigna à la queue leu leu en suivant l'étroit sentier qui bordait le torrent. Ingrid courait d'un enfant à l'autre pour les empêcher de se chamailler, de se tirer par les maillots et de se pousser à l'eau. Régine fermait la marche. Avant de disparaître elle se retourna. Annie était accroupie un peu plus bas sur des pierres plates, occupée à rincer les gamelles du pique-nique dans les remous bouillonnants qui s'échappaient du lac en gerbes écumantes. Ma copine refit alors le geste qu'elle avait fait sur les anciens remparts de la commanderie lorsque, Annie étant montée se coucher, Xavier était parti, excédé, à la recherche de médicaments dont bien entendu elle n'avait nul besoin : le geste de tenir une personne courbée sous son bras gauche et de lui donner la fessée.
Resté seul avec Annie, je m'étendis dans l'herbe et, le menton dans mes mains, je la regardai.
"Je croyais que tu restais pour m'aider", me lança-t-elle par-dessus son épaule.
"Dans le bush les hommes n'aident pas les femmes à faire la vaisselle."
"Pardon?"
Elle interrompit sa tâche et se redressa, interloquée.
"Tu sais bien", poursuivis-je. "Le bush australien. Tu nous a dis que c'est là-bas que tu aimerais vivre. En compagnie d'un berger poilu qui serait un vrai mâle."
Annie tapa du pied : "Je n'ai pas dit poilu!"
"Tous les bergers australiens sont poilus. Et sais-tu ce qu'ils font, les bergers du bush, quand leur petite femme fait des comédies comme celle que tu nous as faite l'autre jour?"
L'espace de plusieurs longues secondes elle parut transformée en statue. Pas un muscle de son visage pointu ne bougeait. Puis elle fit un pas dans ma direction et me sourit.
"Mais parfaitement, mon cher Jean-François. Ils lui donnent ce que tu donnes à Régine quand elle fait des caprices."
J'avalai ma salive : "C'est à dire?"
"La fessée."
Campée au bord du torrent, poings sur les hanches, les jambes légèrement écartées, juste vêtue de son slip de bains et d'un chemisier transparent qu'elle avait simplement noué au-dessus du nombril au lieu de le boutonner, elle me faisait penser à ces ouvrières des rizières dans le film RIZ AMER.
"Comment sais-tu que je fesse Régine?
"Elle me l'a dit."
"Et quel effet ça t'a fait?"
Elle haussa les épaules. Son sourire moqueur se déplaça vers la gauche, comme un tic :
"Te connaissant, ça ne m'a pas étonné outre mesure. Elle m'a dit que ce ne sont pas des corrections pour rire. Que tu la fesses très fort, jusqu'à ce qu'elle crie et demande"
Un vacarme de métal entrechoqué la fit se retourner. En équilibre instable sur le rocher où elle les avait posées, les gamelles d'aluminium étaient tombées à l'eau et roulaient dans les rapides.
"Bouge pas, j'y vais", lui criai-je.
Dans l'écume jusqu'aux cuisses, je courus après les récipients et parvins à les rattraper. Seules deux boîtes en plastique m'échappèrent : nous les vîmes rebondir au loin comme des truites, puis disparaître. Remonté sur la berge, je posai les gamelles aux pieds d'Annie : "Deux fessées".
"Quoi deux fessées?"
"C'est ce que te donnerait ton berger poilu. Une pour la scène de l'autre jour devant tes invités que tu as tous embarrassés. Une deuxième pour avoir fait tomber ta vaisselle dans la rivière. Je me demande même s'il ne t'en flanquerait pas une troisième?"
"Et pour quel motif, celle-là?"
"Pour effacer de tes lèvres ce petit sourire insolent."
Un écureuil descendit d'un mélèze pour s'approcher avec circonspection des restes du pique-nique. Annie ramassa les gamelles et resta un long moment à les contempler, songeuse. Le soleil avait tourné, toute la rive droite du lac se trouvait maintenant dans l'ombre.
Côte à côte, sans dire un mot, nous sommes remontés, Annie et moi, vers les affaires rassemblées sur la lisière de la petite plage L'écureuil s'enfuit à notre approche, petite pelote brune grimpant en spirale le long du tronc.. Annie s'assit, fouilla dans son sac à dos à la recherche de son paquet de cigarettes :
"Tu en veux une?"
"Non, merci."
Je m'assis à côté d'elle et la regardai souffler des pinceaux de fumée que la brise dissipait aussitôt.
"Xavier n'est pas un berger australien", finit-elle par murmurer en fixant le bout incandescent de sa cigarette.
"Je pense que c'est un excellent mari", dis-je en pesant mes mots. "Un bon mari et un bon père pour ses enfants. Mais je pense aussi qu'il manque d'autorité. Sûrement pas dans son travail, d'ailleurs il sait très bien commander une équipe. Sans doute a-t-il envie de se reposer chez lui et de laisser les responsabilités au vestiaire."
"Alors que moi"
Annie me glissa un regard furtif et se remit bien vite à fumer.
" Alors que toi tu as envie d'un homme à poigne", enchaînai-je. "Un homme sachant te prendre en main. Et sachant se faire obéir à l'occasion."
"Oui."
"Un homme capable de t'administrer une bonne fessée quand tu en mérites une."
Elle fit "Oui" de la tête, plusieurs fois de suite, par petits mouvements courts et rapides.
"Quand tu piques tes grandes crises théâtrales en public cris, trépignements, filet de bave au coin des lèvres Sarah Bernhardt dans MACBETH As-tu le sentiment de mériter la fessée?"
"J'y pense souvent. Je vais m'enfermer dans ma chambre et je pleure de rage sur mon lit. Je voudrais que Xavier me courre après, qu'il m'ordonne d'ouvrir, qu'il enfonce la porte si je n'obéis pas." Elle s'échauffait en parlant, écrasa sa cigarette presque entière sur un galet. Elle était transfigurée. "Je voudrais qu'il me gronde, me fasse honte de ma conduite qu'il me retourne sur le lit et qu'il me fesse Oh! oui, qu'il me foute une fessée! Une fessée carabinée qui me laisse pantelante et matée. Tiens, Jean-François, je vais te dire quelque chose que je n'ai jamais dit à personne." Elle se tourna afin de cacher son visage : "Certains jours l'envie est si forte que je me fesse moi-même. Mais ce n'est pas pareil. J'arrive tout juste à me rosir les fesses, pas à m'administrer une vraie correction une correction comme celle qu'il me faudrait."
"Annie?"
"Oui?"
Elle me tournait toujours le dos. J'arrachai un brin d'herbe et le malaxai entre mes doigts. Allais-je y arriver, oui ou non?
"Veux-tu que je te donne la fessée?"
Cette fois elle me fit face, la mâchoire contractée, les yeux dilatés.
"Où?" aboya-t-elle.
"Ici. Nous sommes seuls."
"Et si les autres revenaient?"
"Il n'y a pas un quart d'heure qu'ils sont partis."
"Carole et Bounique?"
"Oh ceux-là" Je pouffai de rire. "En fait de grimper au sommet de la montagne, je te parie tout ce que tu voudras qu'ils sont redescendus aux voitures. Nous allons les retrouver au village, attablés à la terrasse du troquet devant deux Perrier-citron."
"Et si d'autres gens venaient se baigner?"
Je lui fis voir ma montre : "Plus à cette heure-ci. Tu as vu comme la montée est longue. Le temps qu'ils arrivent jusqu'ici, le soleil serait déjà caché."
Sa respiration s'était accélérée. Ses seins tendaient le mince nylon du chemisier. Son regard avait repris tout son aplomb. Annie aspira une profonde goulée d'air et lâcha d'un trait : "Je veux bien."
"Alors allons-y."
Je la pris par la main, la conduisis en amont du lac jusqu'à ce que j'eus trouvé une roche plate pouvant faire un siège convenable. Je tenais à m'éloigner de la cascade pour que son bruit ne couvre pas celui des claques. D'une part le crépitement sec et nourri d'une fessée bien appliquée me ravit. D'autre part je pense que le bruit fait partie intégrante du châtiment et qu'il est bon que la femme s'entende claquer sur ses parties charnues en même temps que sa peau lui brûle. Le rocher adéquat ayant été trouvé je m'assis dessus, couchai la belle Annie à plat ventre en travers de mes genoux, fit coulisser sur ses fesses le slip de bains encore humide que je baissai jusqu'à mi-cuisses. L'emplacement du slip dessinait un triangle clair entre le dos et les jambes bronzées. C'était précisément ce triangle que je m'apprêtais à colorer.
"Rhôô" gémit sourdement Annie quand elle sentit le vent lui caresser le derrière.
Puisque c'était une correction qu'elle voulait, elle s'y offrait maintenant avec une volupté évidente, sans réticence ni fausse pudeur : desserrant les jambes, creusant les reins, bombant la croupe Toute prête à savourer enfin ce plaisir auquel elle aspirait depuis longtemps. Ma première gifle tomba sur le globe droit qui tressaillit et se plaqua immédiatement de quatre petites taches rosâtres, preuve que la claque avait été claquante! Le globe gauche eut à son tour sa ration, appliquée un peu plus fort cette fois.
"Ouille!!"
Mon bras allait s'abattre pour administrer la quatrième ou cinquième claque quand je l'immobilisai soudain, ma main ouverte suspendue à mi-course. Annie avait entendu le même bruit que moi car je la sentis se cabrer sous mon étreinte et essayer de se redresser.
"Il y a quelqu'un!" chuchota-t-elle, affolée.
Une branche avait effectivement craqué dans les fourrés. Suivi d'un pas de course Pendant qu'Annie se remettait debout je m'élançai à la poursuite de la silhouette furtive qui détalait entre les arbres en direction du torrent, espérant sans doute se fondre dans les éboulis rocheux qui offraient en effet d'innombrables cachettes. Le fuyard avait de l'avance sur moi, et il faillit y parvenir lorsque son pied se prit dans une ronce et il s'étala de tout son long. J'étais sur lui, le clouant à terre par les épaules.
"Régine!" m'exclamai-je, stupéfait.
"Régine" glapit Annie qui m'avait suivi.
Ma compagne se releva en grimaçant, frottant son genou écorché. Je l'empoignai par un bras et me mis à la secouer, grondant : "Régine, qu'est-ce que tu fais ici? Pourquoi n'es-tu pas avec les autres?"
"J'avais oublié mon appareil photo", pleurnicha-t-elle. "Je revenais le chercher."
Je la fixais sévèrement. Elle semblait se recroqueviller sous mon regard.
"Mentir n'arrangera pas tes affaires, Régine. C'est pour chercher ton appareil photo que tu t'étais cachée derrière un arbre? C'est pour chercher ton appareil photo que tu t'es sauvée en courant quand la branche s'est cassée? Allez" PIF!! PAF!! Deux claques bien sèches sur le gras des cuisses, juste sous son short ultra court.
"Je veux la vérité, Régine. Et tout de suite."
"Ah! Oui alors!"
"Une punition qui lui rappellera sa faute. Nous allons l'attacher à cet arbre même derrière lequel elle s'était cachée. Et c'est toi qui vas la fouetter."
M'adressant à Régine, je complétai : "Ah tu voulais voir Annie fessée. Eh bien tu vas la voir dans le rôle de fesseuse. Le revers de la médaille, en quelque sorte." Ma copine avait la tête d'une collégienne qui attend devant la porte du bureau directorial, où elle va être appelée d'une minute à l'autre pour une cannée. Par contre Annie jubilait. De toute notre troupe, seul Xavier - qui ne fait jamais les choses à moitié - avait un vrai sac de randonneur, un sac haut comme la hotte du Père Noël, renforcé par une impressionnante armature tubulaire, des coussins de rembourrage à l'emplacement des reins et des épaules, pléthore de sangles, bretelles et courroies réglables permettant d'ajuster la charge en fonction de la morphologie du porteur : du matériel pour trekking dans l'Himalaya. Je déroulai quelques unes de ces sangles et choisis celle qui me parut la plus longue :
"Impec, ça vaut une corde. Allez, Régine, en avant marche! Viens te faire attacher."
Je souris à Annie en lui adressant un clin d'oeil : "Au poteau de flagellation, comme une gourgandine condamnée à la peine du fouet."
Nous sommes alors retournés dans le sous-bois, Régine ouvrant la marche, tête basse et n'en menant pas large, Annie derrière elle, ne cherchant pas à cacher son enthousiasme et sa surexcitation, moi suivant les deux femmes, ma laisse pliée à la main. Nous n'avons pas eu à marcher longtemps au milieu des fougères et des framboisiers sauvages.
"Voilà l'arbre du délit. Comment veux-tu ta pénitente, Annie? Culotte baissée? Son short et sa culotte complètement retirés? Ou bien la préfères-tu toute nue?"
Annie réfléchit, ses lèvres ourlées en une moue dubitative.
"Toute nue. Dans les bois, au bord de ce torrent, au milieu de tous ses rochers pleins de grottes et de cascades, ça me fait penser aux nymphes pourchassées par les faunes. Quand elles faisaient des manières et se montraient rétives, ils les fessaient dans un décor semblable à celui-ci."
"Tu as tout à fait raison. Les peintres galants du XVIIIème siècle en ont fait des tableaux exquis. Et la mythologie nous apprend que la nymphe Cyané, ayant osé repousser les avances de Dionysos, fut fessée par lui sous les yeux d'Aphrodite. Tu as entendu, Régine. Exécution! Mets-toi nue."
Ma copine se déshabilla sans hâte. Ses doigts malhabiles tremblaient imperceptiblement lorsque, sous ses omoplates, elle dégrafa son soutien-gorge. Son short, puis sa culotte bleu ciel, croulèrent comme des chiffons autour de ses chevilles. Elle les enjamba, un pied après l'autre.
"J'ait dit toute nue", siffla Annie. "Ca signifie que tu dois aussi te déchausser. A-t-on jamais vu une nymphe avec des Nikes aux pieds!"
Régine lui lança un regard de reproche, mais s'exécuta.
"Maintenant place toi contre le tronc", ordonnai-je. "Enlace-le et joins les mains de l'autre côté."
Régine, résignée, obéit : elle se plaqua contre l'arbre, ses seins et son ventre en contact avec l'écorce rugueuse, et l'entoura de ses bras légèrement levés, exactement comme elle aurait tenu un homme par le cou pour l'enlacer et l'étreindre. Je lui liai les poignets, les entourant plusieurs fois et nouant la courroie assez serrée, sans toutefois lui faire mal.. Je sortis de ma poche mon couteau suisse, ouvris la grande lame et le tendis à Annie :
"Va te couper une baguette. A moins que tu ne préfères plusieurs scions. A ton idée."
Annie passa sa langue sur ses lèvres, prit le couteau, éprouva le fil de la lame du bout de son pouce.
"Sept fines badines", dit-elle. "Comme les sept péchés capitaux."
"Vas y, coupe-les."
Elle prit son temps, allant d'un arbuste à l'autre, tâtant la flexibilité et la minceur des branches, choisissant les plus droites et les plus lisses, éliminant celles dont le bois formait des noeuds ou des callosités susceptibles d'écorcher les parties frappées. Je l'observais pendant que Régine, le front appuyé contre l'écorce, attendait sans mot dire, se contentant de remuer de temps en temps les mains dans ses entraves. La bouche entrouverte, les narines dilatées, deux disques rouge vif au milieu des pommettes, essoufflée alors qu'elle n'avait fourni aucun effort physique, la petite Annie prenait son pied. Lorsqu'elle eut fait son choix, elle enleva l'un des gros lacets plats des Nikes de Régine pour lier son faisceau. Elle le fit siffler trois fois dans l'air.: "Les verges! C'est bien ce que recevaient les condamnés dans l'ancien temps, n'est-ce pas?"
"Absolument."
"Les femmes aussi?"
"Tout à fait."
Je me penchai pour ramasser le short de ma copine et le montrai à Annie : "Vois comme il est court, il monte presque au ras des fesses. Quand tu la fouettes, prends soin de ne frapper que sa croupe, sans lui cingler le haut des cuisses. Quand Xavier et les enfants reviendront ils trouveraient bizarre que Régine ait le dos des cuisses strié de marques rouges, ils poseraient des tas de questions embarrassantes. Il vaut mieux l'éviter."
Annie acquiesça : "Tu as raison. Mais en compensation je vais lui saler le cul, tu vas voir."
Elle prit position à la gauche de la condamnée, ramena en arrière le bras qui tenait les verges et SWICHHH ! ! ! à la volée.
"Aaaahh ! ! !" rugit Régine en se cabrant dans ses liens, son corps tendu tel un ressort. Presque instantanément, un alignement de fins sillons rouges balafra dans le sens de la largeur la mappemonde fouaillée. J'arrêtai le bras d'Annie au moment où elle s'apprêtait à lancer la seconde cinglade:
"C'est beaucoup trop fort. Au rythme où tu y vas, elle sera en sang au bout du quatrième ou du cinquième coup. Nous voulons donner le fouet à une vilaine petite curieuse. Pas flageller une criminelle qui va être envoyée aux colonies du roy."
"D'accord", grogna l'exécutrice. A contre coeur, je l'aurais juré.
Bien décidé à modérer ses ardeurs coercitives, je lui pris le faisceau de verges des mains : "Tiens, je vais te montrer comment on corrige une femme." J'administrai quatre coups, bien appliqués mais sans violence excessive : "Tu vois, tu manies l'instrument, quel qu'il soit, fouet, badine ou verges, seulement avec l'avant-bras et le poignet un peu comme si tu gaulais des prunes. Si tu y mettais toute ta force, tu mutilerais l'arbre et massacrerais les fruits. Quand tu donnes le martinet à tes enfants, est-ce que tu frappes comme un forgeron sur son enclume?"
"Bien sur que non!"
"Là c'est pareil. Allez essaye."
Suivirent trois coups de verges, administrés normalement cette fois.
"C'est très bien", approuvai-je. "Imagine que Régine soit une ondine une jolie ondine du torrent ayant péché par curiosité péché par lascivité également Elle a aperçu un couple au bord de l'eau, en grande discussion, probablement en train de se dire des choses intimes peut-être d'échanger des confidences ou de se conter fleurette. Piquée par la curiosité, notre ondine s'est coulée à l'abri des rochers jusqu'à s'approcher suffisamment pour surprendre des bribes de conversation : pas des corrections pour rire tu la fesses très fort un homme à poigne crises théâtrales en public qu'il me foute une fessée Déjà très intéressée et excitée, elle n'a plus pu se contrôler quand la femme a suivi l'homme pour venirs'allonger sur ses genoux et offrir sa pleine lune à la fessée. Elle s'est alors touchée le clitoris, la coquine. Elle était sur le point de jouir, cette ravissante ondine, quand dans son exaltation elle a fait un mouvement désordonné qui a cassé une branche, alertant le couple. Prise en flagrant délit d'indiscrétion et d'espionnage, elle a été attachée nue contre un arbre et la femme outragée lui inflige la honteuse punition du fouet."
Il était temps que j'arrête mon évocation car Annie, les yeux brillants, commençait à mouiller dans son slip. Régine écartait les jambes et exécutait une sorte de danse du ventre très lente et ondulante pour frotter son pubis contre le tronc d'arbre. Pas de ça, fillettes
"Allez!" tranchai-je. "Nous ne sommes pas ici pour des fredaines, mais pour châtier cette espionne que nous venons de capturer. Vas-y, Annie. Passe la par les verges, comme on disait au temps du bon Brantôme."
Annie fouetta comme je venais de le lui indiquer, et tout se passa bien. Quand je détachai ma copine, elle avait les fesses cramoisies et bien rayées, ce qui était somme toute normal après le traitement qu'elle venait de subir. Après tout quand c'était moi qui lui donnais le fouet à la suite d'une désobéissance ou d'un mensonge, elle avait aussi l'arrière train écarlate et copieusement zébré Comme on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, de même on ne châtie pas une donzelle sans lui meurtrir la croupe. Annie délia les verges, jeta ses sept scions dans la nature et tendit le cordon à Régine :
"Tiens, ton lacet."
"Remets-le à ma godasse", répliqua ma copine en enfilant son tee-shirt.
Silence. On n'entendait que le pépiement des oiseaux au-dessus de nos têtes. Le lacet de gros coton blanc pendant au bout de ses doigts, Annie me regarda d'un air interrogateur. Immobile, je me taisais. Régine regardait Annie comme une lionne regarde un gazelle :
"Tu as su l'enlever, tu dois savoir aussi le remettre."
Bras croisés au pied de l'arbre fatidique, je me taisais toujours. Régine n'avait que le buste couvert. On voyait toute sa toison et les premiers replis de l'entrejambes. Elle fit un pas vers Annie : "Remets mon lacet im-mé-dia-te-ment où tu l'as pris. Sinon je te traîne jusqu'à la rivière par les cheveux, je te plonge le cul dans l'eau et je le fesse jusqu'à ce qu'il fume."
Les cils d'Annie battirent. Son visage devint aussi rouge que le derrière de Régine. Elle chercha dans mon regard un secours qu'elle ne trouva pas. Elle mit un genou à terre. Accroupie sur la mousse elle commença à renfiler le lacet dans ses oeillets.
"L'autre genou aussi", commanda Régine sans élever le ton.
Subjuguée, Annie s'agenouilla.
"Baisse la tête sur ma chaussure", dit Régine. "Et monte moi ce cul plus haut."
Le nez dans les Nikes de ma compagne, Annie creusa les reins et dressa ses gros globes contractés vers la cime des arbres. Régine égrena un petit rire sec qui faisait penser aux gloussements d'une poule : "Pendant que tu enfiles mon lacet, tu es bien placée pour te faire enfiler toi-même."
Elle se pencha sur Annie pour lui faire un léger toucher rectal : "Tu aimes la recevoir par là?" ....

Auteur:inconnu