Lesbienne et soumise à la fessée
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Le hasard me fit acheter une revue que je
découvris en feuilletant les magazines devant le stand à journaux de la
gare. En ce milieu de journée je trouvai sans peine un compartiment pour
moi toute seule. Durant la petite heure de trajet je dévorai un article
sur la fessée, la gorge sèche et... la culotte de moins en moins sèche.
Cette randonnée en train me fut fatale, comme on dirait dans les drames
lyriques. En fait ce n'est pas vrai, puisque j'avais déjà été exposée au
virus.
Mon masochisme couvait, fortement latent, et à la
lecture du courrier le charme a agi. Maintenant je ne saurais plus me
passer de ma drogue. Et à choisir, un occasionnel postérieur en ébullition
est certainement moins néfaste pour une fille que les pseudo paradis
chimiques.
La lecture avide du débat sur les châtiments
corporels a réveillé en moi de fortes pulsions érotiques à tendances
masochistes dont je n'avais eu conscience qu'une seule fois au cours de
mon adolescence, mais avec une violence inouïe.
Quand j'étais
petite mes parents ont passé de nombreuses années dans ce qui était à
l'époque l'A.O.F.; de quatre à onze ans j'ai habité tour à tour la Guinée,
le Soudan, puis le Dahomey. J'ai reçu plus souvent qu'à mon tour des
fessées gratinées dont les nounous noires sont traditionnellement
friandes, les fils et filles d'anciens coloniaux en gardent un souvenir
vivace, j'en suis persuadée. Si quelque chose fait jouir ces
gaillardes, par ailleurs dévouées et sympathiques, c'est bien
l'application de leur cher cuir de buffle sur l'envers laiteux et satiné
des turbulentes «mad'mizelles» placées sous leur coupe... Pour
pittoresques et évocateurs qu'ils soient, ce n'est pas de ces souvenirs
africains que je voudrais vous entretenir aujourd'hui. Il n'est pas
impossible que mon masochisme ait germé là-bas, sous l'omniprésent
«buffle» de ces athlétiques Foulbés ou Bambaras qui nous campaient sous
leur bras comme un vulgaire sac d'avoine à battre. Toutefois, je n'ai
jamais pris le moindre plaisir conscient à leurs fessées qui, à onze ans
bien sonnés, me faisaient rugir et trépigner, transformée en fontaine de
larmes. Les coups de lanière sur les fesses nues étaient alors une
correction redoutable autant que redoutée, et rien de plus. De onze
à seize ans je n'ai plus connu aucun châtiment corporel sous quelque forme
que ce soit. Puis vint cet été où je fus envoyée en vacances chez une
tante maternelle, vacances qui en fait s'allongèrent jusqu'à Noël, divers
ennuis et perturbations au sein de ma famille empêchant mes parents de me
reprendre.
Ma tante Paule avait trois filles, l'une,
Marie-Jeanne, mon aînée d'un an, les deux cadettes un peu plus jeunes.
Nous étions si souvent en déplacement que je n'avais pas revu mes cousines
depuis plu-sieurs années. Je suis restée sai-sie devant les étranges
filles qui m'accueillirent avec une politesse compassée. Le climat
général de cette maisonnée, une vaste maison de famille, peuplée de
couloirs ventés et de chambres condamnées, perdue au fond des solitudes
humides du marais vendéen, évoquait irrésistiblement des moeurs d'un autre
âge, l'attachement maladif à des traditions pourrissantes. C'était
l'affreux manoir écossais des névroses victoriennes, et, frissonnante,
j'attendais le fantôme de service. A sa place je ne tardai pas à faire la
connaissance avec les verges de service. Et pour désuet et suranné que
soit cet instrument de castigation, je puis affirmer que les « bonnes
verges » de tante Paule n'avaient rien d'immatériel : elles étaient en bon
bouleau vert bien de chez nous, bien correct, mordant à souhait, et la
main qui les maniait n’était en aucune façon celle d'un fantôme, nos
derrières zébrés et boursouflés en témoignaient.
Il ne me
fallut que la journée pour être fixée sur l'atmosphère familiale,
passablement guindée et oppressante. Il ne me fallut que la première
semaine pour m'imprégner, aussi ahurie qu'atterrée, des méthodes
disciplinaires en vigueur ici. Ma tante ne brandissait pas ses verges à
longueur de journée, elle ne fouettait pas pour un oui ou pour un non.
Dans l'ensemble elle était juste. Simplement tout devait plier devant
elle, elle ne souffrait aucune objection, ses idées étaient parole
d'évangile. Avec elle on disait : « Oui, ma tante », et on obéissait sans
discuter. Ou on avait un petit entretien très cinglant et très persuasif
avec les badines de bouleau. C'était aussi simple que cela.
Terriblement autoritaire et austère, tante Paule se
complaisait visiblement dans son rôle de régisseuse qui ne s'en laissait
pas conter et menait sa maisonnée tambour battant. Elle avait la voix
grave, le geste rare et sec, l'ironie mordante. Elle accentuait encore son
personnage autocratique en adoptant l'allure générale d'une directrice
d'internat : vêtements d'une simplicité monacale, cheveux coupés très
courts, démarche d'adjudant, regard fureteur et extraordinairement
perçant. Une femme peu ordinaire et qui ne passait pas inaperçue.
Tante Paule croyait fermement aux vertus éducatives du
fouet, j'en suis certaine. Mais elle aimait fesser, cela est tout aussi
sûr. On aurait tort de la qualifier d'hypocrite car elle était
certainement sincère à sa manière. Ceci dit sa sexualité était bien
évidemment sadomasochiste. Simplement nous ne nous en rendions pas compte
à cette époque.
Pour nous les filles, notre vie était
régie par nos « notes », comme au pensionnat. Il y avait deux ardoises
vissées au mur de la cuisine. L'une servait de bloc-notes et de répertoire
pour inscrire les achats à faire. L'autre ardoise était divisée en quatre
colonnes dans le sens horizontal. En tête de chaque colonne il y avait nos
noms, par rang d'âge Marie-Jeanne, Cécile, Michelle,
Marie-Christine. Une ligne médiane séparait ensuite nos colonnes
personnelles en deux : les bons points au dessus du trait; les mauvais
points en dessous. L'ardoise était valable une semaine. Tante Paule
additionnait les points le samedi matin. Elle récompensait ou châtiait
selon le compte obtenu par chacune des filles. Elle effaçait l'ardoise,
retraçait de nouvelles colonnes vierges. Et ça repartait pour une
semaine.
Je ne vous ennuierai pas avec la technique
de ces comptes; en fait le procédé était extrêmement simple mais il serait
fastidieux à expliquer. Il s'agissait du bon vieux principe des vases
communicants, la moyenne finale s'établissant par compensation et
soustraction. L'excédent de bons points entraînait pour l'élue un choix de
récompenses diverses, déterminées par tante Paule en fonction des points
obtenus. Cette échelle de récompenses était d'ailleurs compréhensive et
assez étendue, je le reconnais volontiers. De même nous avions la faculté
d'échange et même d'achat entre nous. Un jour où ma semaine avait été
particulièrement désastreuse, j'ai moi-même racheté les bons points
excédentaires de Michelle, les payant d'un sac à main africain en cuir
travaillé que ma cousine convoitait beaucoup. Ainsi j' ai évité le fouet,
mais j'ai payé cher en cédant à la surenchère que les filles plus
favorisées ne manquaient pas de faire en pareil cas. A l’inverse de moi,
Marie-Jeanne, l'aînée, préférait se faire fouetter jusqu'au sang plutôt
que de céder ses affaires. Ce troc digne des souks peut paraître incongru
en pareil cas, mais ma tante approuvait ce procédé, estimant que ce choix
délibéré et en connaissance de cause nous donnait le sens des
responsabilités. Si le marchandage et l'échange étaient admis, il n'y
avait par contre aucune possibilité de report; les comptes s'arrêtaient
irrévocablement chaque samedi et il n'était pas question de reporter un
excédent, bon ou mauvais.
Comme avec les bons points, un
excédent négatif déclenchait le système punitif. Là aussi l'échelle était
étendue, le châtiment suprême étant bien entendu le fouet qui démarrait à
dix mauvais points, lesquels entraînaient automatiquement dix coups de
verge. Une fois ce seuil franchi, la procédure ne pouvait pas être plus
simple : de dix à vingt, chaque mauvais point signifiait un coup
supplémentaire : un pour un. Vingt points représentaient un nouveau seuil
qui nous terrorisait particulièrement car, arrivé là, tante Paule doublait
purement et simplement la dose. Je dois dire ici que cette accumulation de
vingt mauvais points dans une seule semaine était un événement rare, des
sept mois que j'ai passés avec mes cousines aucune d'entre nous n'a jamais
atteint cet effroyable « seuil des vingt » : Toutefois j'ai entendu
certaines histoires à ce sujet qui m'ont couvert de chair de poule...
l'endroit que vous savez.
En dessous des dix points, que
nous avions baptisés entre nous « le mur de la fessée », il existait un
barème de punitions, établi par ordre croissant de sévérité. Les théories
de ma tante avaient cela de curieux qu'elle ne tenait absolument pas
compte de l'âge de la délinquante. J'étais dans ma seizième année, comme
je l'ai dit. Marie-Jeanne avait dix-sept ans.
Les
corrections avaient lieu dans un petit salon lambrissé qui avait dû être
charmant au temps où les lambris ne se fissuraient pas sous les coulées de
salpêtre. La coupable s'agenouillait sur un Chesterfield dont les ressorts
à bout de souffle gémissaient presque autant que nous. Nous aspirions une
profonde goulée d'air et nous nous calions en position, les fesses hautes
et offertes, le nez enfoui dans le vieux cuir lacéré et déteint qui
exhalait une inoubliable odeur de renfermé, de champignon, de cave, de
sueur, de choux, de pipi de chat, de bien autres choses encore, la somme
de toutes ces odeurs finissant par se cristalliser, allez donc savoir
pourquoi ? dans une étonnante flagrance d'artichauts vinaigrette ! Tante
Paule nous préparait sans lenteur suspecte. Si elle éprouvait un émoi
sexuel quelconque elle le dissimulait à merveille. Celui qui l'aurait vue
donner le fouet à ses filles n'aurait perçu que l'image classique d'une
maman sévère accomplissant une tâche nécessaire.
En
général nous étions en robe, et en robe toujours un peu plus longue que la
mode du moment ! Néanmoins deux sortes de pantalons franchissaient la
censure de notre cerbère qui détestait ce vêtement « émancipé »: la
culotte de cheval que nous portions pour l'équitation; et le fuseau auquel
nous avions droit l'hiver. Quant au short, c'était, de l'avis de
tante Paule «une invention ridicule et indécente imaginée par des femmes
hystériques avides d'exhiber leurs cuisses». Nous approuvions d'un air
pénétré, comme il se doit. Il valait mieux être de son avis. Quoi qu'il en
soit la préparation exigeait notre dénudage postérieur. La jupe était
rabattue sur le dos de la punie et étalée sur ses épaules. Quand pantalon
il y avait, celui-ci était baissé autour des mollets. La culotte suivait
le même chemin et se retrouvait aux genoux.
Un courant
d'air sur nos derrières nous avertissait de l'imminence de l'orage. Nous
enfoncions nos ongles dans le cuir du sofa. Et les verges entraient en
action, leur terrible sifflement scandé par nos cris et nos supplications,
pendant que, derrière la porte, les autres punies attendaient leur tour,
comme dans la salle d'attente du dentiste.
Rares étaient les semaines
sans fessées. Il est juste de dire que les deux « gamines» de treize et
quatorze ans étaient convoquées au salon lambrissé beaucoup plus souvent,
en fait c'était Michelle et Marie-Christine qui concentraient sur leurs
rondeurs généreuses de fillettes potelées les trois quarts des ardeurs
fouetteuses de leur digne mère. Malgré tout la semaine arrivait, tôt ou
tard, où l'ardoise des «grandes» affichait une dangereuse procession de
petites croix dans la colonne des mauvais points. Alors tête basse, la
mine décomposée et la poitrine oppressée, nous attendions, Marie-Jeanne et
moi, mains derrière le dos, la raie des fesses collée, derrière la porte
du petit salon. J'ai perdu de vue deux de mes cousines mais
je revois de temps en temps Michelle que le mariage a fixée en Lorraine,
pas tellement loin de chez moi. Alors que rien ne laissait prévoir une
pareille évolution lorsqu'elle était enfant, elle est devenue la réplique
de sa mère : c'est une fesseuse enragée, et avec cinq rejetons autant dire
que le martinet ne chôme pas. Je passe sur mon propre mariage qui ne
m'apporta qu'une longue série d'ennuis. Refusant de voir la réalité mon
mari mit tout en oeuvre pour faire obstruction à la procédure et mon
divorce traîna sept ans ! Je ne suis officiellement
libre que depuis cet été. Or, ironiquement, je n'ai jamais été moins libre
de ma vie...
En plein cafard et embourbée jusqu'au cou
dans les problèmes aussi bien sentimentaux que financiers, excédée par les
demandes. incessantes de mon avocat et cette procédure qui s'éternisait
apparemment sans espoir, je tentai de me changer les idées en partant au
ski avec une amie. Un matin je me levai de mauvaise humeur. Je pris un
malin plaisir à la faire enrager, me montrant insupportable, boudeuse,
trouvant tout mauvais au petit déjeuner, refusant d'aller à notre leçon de
ski. Une minute je voulais partir en excursion, la minute suivante
j'annonçais d'un ton hargneux que j'allais m'enfermer dans ma chambre pour
lire. Une forte claque bien placée sur le fond de mon pantalon moulant me
fit sursauter. «C'est fini les caprices ?» gronda mon amie. Je me sentis
fondre. Je la regardai dans les yeux, et pendant ces dix ou douze secondes
mon regard a dû dire une foule de choses, transmettant sans doute, en
langage muet, le profond bouleversement qui me chavirait. J'avais à peine
conscience de l'endroit où nous nous trouvions. Les anoraks des skieurs
qui partaient vers les remonte-pentes m'apparaissaient comme des taches
sautillantes, bleu vif, jaune éclatant, vermillon. Mon amie poursuivit en
me menaçant du doigt : « Toi, ma jolie, tu as besoin d'une bonne fessée
pour te calmer les nerfs.».
J'entendis ces paroles tant
souhaitées comme dans un rêve merveilleusement érotique. Un tourbillon
m'aspira, constitué d'autant de souvenirs que de fantasmes. Je fusai vers
un paradis perdu imprégné d'une angoisse indéfinissable, mais aussi bourré
d'une extraordinaire charge d'effervescence, de dissipation et de volupté
: un univers de manoir triste et humide habité par de prudes jeunes filles
en costume démodé que mène aux verges un énergique bataillon de sévères
surveillantes de pensionnat; mais aussi un monde où de sourdes ardeurs
font battre plus vite le coeur des demoiselles, même de bonne famille et
élevées au couvent. C'est alors l'instant singulièrement lascif où
l'indisciplinée, fouettée dans les règles, s'en va le long des escaliers
et des couloirs à la peinture écaillée, caressant à la dérobée son envers
fustigé lorsqu'elle est certaine de se trouver seule. Elle monte un
dernier escalier, plus étroit celui-là, et dont les marches disjointes
craquent, vers ce recoin des greniers où elle est déjà venue apaiser ses
tensions dans des circonstances semblables. Là, sur une pile de
couvertures réglementaires, dissimulée derrière un rempart de malles et de
cantines, la châtiée ferme les yeux, ses doigts tremblants remontent
lentement l'ourler de sa longue jupe bleue d'uniforme, bientôt ses mêmes
doigts frôlent, effleurent, massent la face interne des cuisses de plus en
plus ouvertes et de plus en plus humides - de plus en plus frissonnantes
aussi - la main, maintenant fébrile, coiffe l'entrejambes d'un geste
possessif, saisit l'élastique du slip, tire, s'empêtre, s'énerve dans sa
hâte d'aller vite et de baisser une seconde fois ce slip de coton blanc
qui, il n'y a pas cinq minutes, vient d'être baissé de façon ignominieuse
dans le bureau de Madame, un bureau lambrissé aux plinthes jaunes de
salpêtre, aux panneaux qui se décollent à l'endroit où les infiltrations
dessinent des auréoles aux formes de dragons fantastiques, un bureau où
les vilaines filles reçoivent le fouet agenouillées sur un canapé dont le
cuir élimé sent l'artichaut, et sortant de là en pleurs, les fesses
incandescentes et bouillonnantes comme une fournaise, j'avais moi, Cécile,
suivi ces mêmes couloirs, monté ces mêmes escaliers dont la peinture beige
se détachait par plaques. Là-bas aussi, dans la grande maison lugubre de
Vendée, il y avait un recoin des combles accueillant. Là-bas aussi il y
avait une pile de couvertures kaki. Là-bas également je m'étais maintes
fois étendue délicatement sur le dos, glissant une couverture roulée sous
la cambrure. de mes reins afin de soulever au maximum mo n derrière fessé
au grenat foncé. Ma robe remontait sur mes jambes secouées de spasmes. Je
serrais et ouvrais les cuisses en un mouvement accéléré de ci-seau. Ma
main s'infiltrait. Je commençais à balbutier des mots sans suite, les yeux
rivés sur plusieurs anciennes cantines rouillées sur lesquelles on pouvait
lire, peints au pochoir, le grade, nom et numéro de matricule de mon
oncle, le commandant H..., tué en Libye en 1942.
Je ne sais
combien de temps je restai ainsi hébétée, ramenée comme sur un tapis
volant à cette époque fiévreuse de mon adolescence. Je revins sur terre en
prenant conscience du regard de mon amie. Ses pupilles paraissaient
énormes. Nos regards restèrent longtemps croisés; elle les yeux durs,
sévères, les sourcils froncés, la mâchoire contractée et crispée; moi
fondante, les pru-nelles chavirées et luisantes de désir. Je savais
qu'elle lisait à livre ouvert dans les tréfonds secrets de mon âme. Sans
prononcer un mot elle me saisit par le poignet, m'obligea à la suivre.
Nous étions sur la terrasse, elle me rentra à l'hôtel. Elle me fit
traverser la salle à manger, marchant d'un pas décidé, me tirant toujours
par le poignet. Quelques couples encore attardés au petit déjeuner se
retournèrent sur notre passage, amusés et intrigués. Mon amie m'entraîna,
les jambes flageolantes, vers l'ascenseur. Trois minutes plus tard je
pleurnichais dans ma chambre, étalée sur le ventre en travers des genoux
d'Olga, mes cheveux défaits balayant la descente de lit, complètement
déculottée, mon pull de grosse laine bien tassé au creux des reins.
J'ai vaguement conscience d'avoir levé mon visage baigné
de larmes pour protester dans un moment d'affolement : « Chérie ! la femme
de chambre va venir ! »En réponse, j'eus droit à un rire sec. « Et après ?
Elle verra comme je traite les jolies skieuses qui font des caprices.»
Cinq ou six claques tombèrent dru, elle m'obligea à la regarder à
nouveau et ajouta « La prochaine fois je la sonnerai pour te
fouetter devant elle. » Mon amie reprit la correction de plus belle,
scandant désormais la grêle de gifles par des remontrances cinglantes et
des moqueries. J'avais conscience de mes tressautements désordonnés. Des
courants de plus en plus tumultueux me traversaient de part en part. J'eus
un orgasme sous la fessée.
Je suis restée sa tendre amie. Olga
possède un commerce modeste mais prospère, de mon côté j'ai de petits
biens familiaux qui, ajoutés à la pension alimentaire qui m'a enfin été
octroyée, me permettent une vie décente. Je n'ai d'ailleurs rien de la
langoureuse oisive qui se lève à midi et traîne les soldes. Grand dieu non
! Si de telles envies me prenaient je serais mise au pas, et avec la
fanfare du régiment, si vous me comprenez. Olga a des idées bien arrêtées
sur la question et avec elle, plus d'une femme futile s'est sauvée très
rouge aux joues du visage comme aux joues postérieures - et la robe très
froissée côté verso, les plis ne laissant subsister aucun doute quant à
l'endroit de la jupe qui a été troussé.
Olga sait faire
délicieusement vibrer une partenaire portée sur les voluptés saphiques,
mais c'est une dominatrice et une humiliatrice forcenée. A la maison je
suis sa petite femme aimante et soumise; à la boutique je suis sa
collaboratrice et vendeuse. Le rôle de ménagère ne pose guère
de problèmes dans l'ensemble; je suis extrêmement maniaque sur la propreté
et j'aurais plutôt tendance à récurer trop que pas assez. Quand on a été à
la dure école de tante Paule, il ne reste que deux voies ouvertes : ou ne
plus toucher un pain de savon de sa vie et devenir la hippie crasseuse
que, d'après les nouvelles communiquées par sa soeur, Marie-Jeanne serait
aujourd'hui; ou devenir des maniaques du détergent et du chiffon à
reluire, comme c'est le cas pour Michelle et pour moi-même. Quand je me
fais épousseter à la maison, en lieu et place de mes meubles, c'est par-ce
que je le veux bien. Je vais au devant de la correction en créant la
situation qui la provoque : par exemple, je roussis un chemisier d'Olga
avec un fer trop chaud, je fais déborder la machine à laver en mettant
trop de produit lessiviel... ou j'oublie volontairement de faire le
marché, ou je salis une robe qui sort du nettoyage en faisant la cuisine
sans mon tablier...
Les motifs de fessée domestique sont
innombrables, les épouses soumises à la poigne d'un mari autoritaire ne le
savent que trop. Et j'avoue que, en ce qui me concerne, je suis loin de
rester insensible au fantasme de la jeune mariée qui reçoit la fessée pour
lui apprendre ses devoirs de ménagère et de maîtresse de maison.
Ce ne fut pas du tout la même chanson, par contre, lorsque je
dus m'initier aux secrets du négoce. J'avais un trac phénoménal dans cette
boutique. De nature timide et réservée, je n'ai absolument pas la bosse du
commerce, je ne possède pas ce talent bien particulier, qu'Olga manie en
virtuose, qui consiste à « baratiner» l'acheteur éventuel jusqu'à le
séduire, le tenter, et finalement le décider à sortir son chéquier. Les
premiers jours je restai figée comme un piquet, observant d'un oeil
atterré cet ahurissant manège qui m'était étranger. Je devais être trop
fière aussi, en tout cas vis-à-vis des tiers : ce bagou de camelot me
gênait, je me croyais au dessus de ces basses histoires de sous. C'est
dire que je commis bévues sur bévues. Mes étourderies auraient déclenché
le fou rire chez une midinette, je fis des gaffes monumentales. Un matin à
l'ouverture Olga me coinça contre les étagères du fond.
- Tu sais
comment je dressais les petites vendeuses maladroites quand j'étais
gérante?
- Je m'en doute...
- Regarde-moi. Dis-le.
- Tu les
prenais à part dans un petit salon d'essayage, tu leur retroussais la
blouse et tu leur donnais la fessée.
- Tu es voyante, ma parole. La
situation était très exactement telle que tu la décris. Maintenant tu vas
m'aider, ma petite Cécile, j'ai besoin de ton conseil. J'ai actuellement
une vendeuse littéralement désespérante. Elle n'est pas bête, or à la voir
agir avec la clientèle on la prendrait pour une abrutie parfaite. Cette
pauvre fille me rend folle ! Comment devrais-je m'y prendre pour lui
inculquer le métier, d'après toi ? Jusqu'à présent j'ai voulu épargner sa
pudeur, c'est une grande, belle femme qui a dépassé la trentaine, j'hésite
quand même à la fesser comme on fessait il n'y a pas si longtemps les
apprenties dans les ateliers de cousettes... J'ai peut-être été trop
coulante avec cette fille, qu'en penses-tu?
La première fois
que je rendis la monnaie ce matin là, je me figeai derrière la caisse. La
cliente dût me croire brusquement saisie de malaise, et en fait elle
n'était pas loin de la vérité. Olga faisait semblant de démarquer des
étiquettes mais du coin de l'oeil elle n'en perdait pas une. Au fond du
tiroir-caisse, derrière le casier à monnaie, il y avait un fort martinet
tout neuf.
Lorsque je laissais bêtement partir une éventuelle
cliente alors qu' un minimum de sens commercial l'aurait accrochée, ma
patronne ne me ratait pas. A peine la cliente sortie ( parfois même elle
était encore à la vitrine, s'attardant à regarder des articles avant de
s'éloigner ), Olga enlevait le bec-de-cane, me poussait vers l
'arrière-boutique, ouvrant le tiroir-caisse au passage... Cinq à sept
minutes plus tard c'était une vendeuse aux yeux bouffis et au souffle
court qui reprenait son poste. Sans doute un observateur attentif et
particulièrement perspicace aurait repéré avec un certain étonnement les
mouvements aussi curieux qu'imperceptibles qui animaient par moments la
partie inférieure du corps de cette vendeuse, au dessous de la taille et
principalement au niveau des hanches, du bassin et des cuisses. Bizarre,
bizarre ! On jurerait que la fille meurt d'envie de se contorsionner dans
ses jupons, comme si le contact pourtant soyeux du nylon lui mordait la
peau et provoquait une cuisson intolérable. Aurait-elle une guêpe sous ses
jupes et lutte-t-elle en serrant les dents, par amour-propre, pour ne pas
céder devant témoin à un trémoussage intempestif, suivi d'un grattage des
parties intimes aussi énergique que ridicule ? Il y avait, en effet, la
cuisson et les mille piqûres : une bonne fessée aux lanières de cuir vaut
largement toutes les piqûres de frelon.
Mais ce n'était pas
tout, mes déhanchements venaient en partie du fouet reçu, c'est un fait,
toutefois ils se trouvaient encore amplifiés par une autre cause : après
la fessée, Olga m'introduisait souvent un jeu de boules japonaises dans le
vagin, je devais revenir à la boutique ainsi équipée, vaquer à mes
affaires, accueillir la clientèle et faire l'article, le derrière
bouillant d'une part, les boules dans l'entrejambes d'autre part. Je vous
laisse imaginer ce que représente, dans ces conditions, l'effort surhumain
qu'il me fallait accomplir pour contrôler mes mines et mes contorsions,
sourire, écouter, présenter la marchandise, rédiger mes factures,
encaisser. Je ne craquais pas car je savais à quoi m'en tenir Olga
m'avait menacée du fouet à chiens si je faisais un esclandre devant une
cliente. Elle aurait mis cette menace à exécution sans se démonter un seul
instant. Elle a corrigé au fouet à chiens une fille qui avait volé dans
son sac, c était avant de me connaître mais je sais que c'est vrai.
Le fait est que j'avais trouvé ma maîtresse, c'est le cas de le
dire! La dominatrice intégrale qu'est Olga sait trouver et exploiter les
raffinements insidieux qui conviennent à la masochiste que je suis.
Lorsque je me suis fait fesser et qu'une passante s'arrête devant la
vitrine pour examiner notre étalage, ma grande amie plisse ses yeux
malicieux et ses lèvres s'ourlent pour esquisser ce sourire de louve qui
m'envoie des frissons jusqu'aux reins. «Tu veux que je lui montre
ton derrière ?» Je lui tourne le dos dans ces cas-là, écarlate jusqu'à la
racine des cheveux, et je m'active à ranger la marchandise sur les
étagères, les fesses cramoisies et surchauffées sous ma blouse. Un début
d'après-midi, alors que nous rouvrions la boutique après déjeuner, Olga a
triomphalement sorti une pancarte en carton de sous le comptoir.
- Je
vais la mettre en vitrine, ça nous attirera sans doute du monde.
Au
gros feutre elle avait écrit
La vendeuse est fouettée quand son travail laisse à désirer.
- Je vais me gêner...
Jusqu'à la fermeture elle m'a mise en transes avec cette menace de pancarte. D'autres fois, c'est : «Cécile, je vais t'envoyer faire l'étalage avec ta culotte sur la tête. » Ou encore : « Ma petite Cécile je vais te faire recevoir les clientes cul nu, ta blouse épinglée dans le dos. » Invariablement je lubrifie. Mon regard se voile, malgré moi je sens se former ce sourire bien particulier que je connais et dont j'ai honte, un sourire très équivoque et très lubrique, aussi éloquent qu'un discours, et qui signifie: «Tu me fais mouiller. Continue. Fais-moi jouir par tous les moyens, même les plus mortifiants pour ma féminité, même les plus éprouvants pour ma pudeur, même les plus violents pour ma chair, même les plus dégradants pour mon esprit. Vas-y, ma grande chérie. Continue. Tu m'excites. »
Il n'est pas rare qu'en cours de journée, aux heures creuses, Olga m'entraîne à la réserve. Là dans la pénombre elle sangle autour de ses hanches souples et nerveuses de faunesse insatiable une ceinture qu'elle boucle par derrière, au creux des reins. Quand elle se redresse et me fait face ses yeux luisent comme les pupilles d'un carnassier. Je vois alors, dressée sur son bas-ventre, un autre instrument de ma soumission, la grande verge au singulier, le phallus exigeant et impérieux qui dicte sa loi aux femelles frissonnantes, l'échine pliée et l'entrejambes mouillée devant son implacable souveraineté. Pour peu qu'un rayon de soleil descende en oblique du vasistas, j'ai alors l'impression de voir s'embraser la flamboyante hampe, orgueilleusement agressive et brûlant des flammes de la victoire, Symbole d'un sexe qui morphologiquement n'est pas le sien, mais qui en fin de compte l'est de façon beaucoup plus authentique puisqu'elle a su en synthétiser les qualités... sans en souffrir les défauts.
Nous vivons en ménage, comme on dit. Ma grande amie chérie m'a initiée à des voluptés insoupçonnées auprès desquelles la grotesque institution du mariage apparaît, non plus comme un fardeau, mais bel et bien comme un étouffoir de la sexualité. Nous avons connu toutes les deux de singuliers délires, parfois au lit comme un bon couple bourgeois, mais également dans certains lieux délicieusement incongrus. Je subis, affolée, les démoniaques trouvailles dont Olga a le secret ( Essayez, Mesdames, les autos tamponneuses avec un jeu de boules de buis sous vos jupes ! ). Je suis choyée, comblée. J'ai des cadeaux, Olga me sort régulièrement pour rompre ma routine de femme qui travaille et de ménagère. Mais pendant ce temps, pendant qu'une main prodigue plaisir et caresses, son autre main ne quitte jamais le fouet. Ce régime me convient. Je suis avide d'amour, de tendresse, d'affection, de délicatesse. Mais j'ai absolument besoin, pour me sentir comblée et sécurisée, d'une discipline rigide imposée par une autorité supérieure qui ne se discute pas et avec laquelle il ne fait pas bon plaisanter. Sans cette domination autocratique je ne suis qu’une femme rongée d'angoisses, très malheureuse, et complètement frigide. Mon amie a su éveiller progressivement la jouissance clitoridienne, soit au doigt, soit aux boules, ou encore en me cunnilinguant. Le godemiché exalte énormément Olga, ce qui se comprend; en ce qui me concerne je suis, moi aussi, très sensible à sa symbolique, autrement dit le godemiché représente davantage une excitation cérébrale, je suis en réalité peu répondante à la pénétration qui me fait toujours un peu peur. Voilà encore un domaine, notons-le au passage, où la supériorité des lesbiennes n'est plus à démontrer : là où une femme va progresser dans les préliminaires avec un tact et un doigté infinis, essayant inlassablement de sonder, de « sentir » sa partenaire, les neuf dixièmes des hommes prennent leur plaisir sans se soucier de nous.
Ceci dit le coït est à mon avis une nécessité, je sais que de nombreuses lesbiennes s'arrêtent aux caresses de type masturbatoire et aux techniques buccales, c'est un tort à mon avis. En se limitant ainsi elles n'explorent qu'une partie du registre et leurs rapports restent donc incomplets, ce qui est d'autant plus dommage que des techniques simples, maîtrisées au bout de deux ou trois séances expérimentales, leur permettraient la pratique courante d'une possession beaucoup plus complète. Voici une de ces techniques qui marche bien avec moi : j'apprécie les positions qui placent les parois dures et striées du pénis artificiel directement en contact avec mon clitoris. Je ne suis pas insensible à la température; je me suis vue « dégelée » par un godemiché placé quelques minutes au réfrigérateur (surtout pas plus),. ou au contraire légèrement réchauffé au moment de l'intromission. En agissant par lents frottements rotatifs au clitoris. Olga a obtenu l'orgasme chez moi. J'étais pourtant coïtée de façon classique. De brusques saccades répétées, semblables à une série de légers coups de marteau, marchent bien également. Quoi qu'il en soit, dans une possession traditionnelle il est indispensable de me chevaucher très «haut » de façon à ce que le mouvement de piston, ou de trépidations sur place, soit tout particulièrement actif au niveau des lèvres supérieures et de la zone clitoridienne. C'est bien entendu l'inverse qui est valable dans le cas de la. position dite « en levrette » : je dresse très haut les fesses, la tête le plus bas possible, et Olga frotte son godemiché à plat, un peu comme si elle sciait du bois. Malgré ces précautions, et en dépit des efforts d'Olga qui est prête à tout dans ce domaine, le résultat est malheureusement aléatoire; l'ai d' excellentes périodes pendant lesquelles elle réagis bien; et puis il y a des moments où le peux être coïté, caressée, masturbée et cunnilinguée à répétition, rien ne vient.
Nous entrons alors dans une de mes phase «sèches » où seules les corrections sont susceptibles de fissurer ma carapace. Tout se passe comme s'il fallait «rompre» quelque chose - quoi ? -qui bloque mon accès à la sensualité et à la volupté physique. Mes meilleurs orgasmes je les ai obtenus sous le fouet d'Olga. La fessée constitue pour moi une exceptionnelle technique érotique, à vrai dire la seule qui ne me déçoive jamais. Je ne dis pas que la fessée soit supérieure en soi aux autres pratiques de technique amoureuse. Je dis simplement que sur ma nature la fessée agit à coup sûr.
Annie, 30 ans
Auteur:Annie








